Homélie de Monseigneur André Rivest

À l'occasion du 15e anniversaire du Centre Notre-Dame-de-la-Salette de Chicoutimi, l'évêque du diocèse Monseigneur André Rivest a présidé, le 19 septembre dernier, la célébration solennelle en l'église Notre-Dame-de-Grâce de Chicoutimi. Nous reproduisons ici le texte de son homélie :

Dans un des textes au sujet de La Salette, je lisais ceci :

" Marie, à la Salette, ne vient pas nous apprendre quelque chose de nouveau. Elle vient nous manifester la présence dans notre monde et notre vie de la force de salut qui est dans le Christ Jésus: elle vient nous supplier avec larmes d'en faire cas. " (CASTEL, Roger, La Salette, Marie sur nos chemins, p,10)

Marie " vient nous supplier avec larmes " de faire cas du " salut qui est dans le Christ Jésus ". C'est ce que, depuis le 1er novembre 1991, le Centre Notre-Dame-de-la-Salette s'efforce d'apporter à notre région, grâce à Michel Marcotte et aux nombreux bénévoles qui l'entourent. Ici, depuis l'inauguration présidée par Mgr Jean-Guy Couture, des prêtres, des diacres permanents, des personnes de vie consacrée, des laics font connaître le message de Notre-Dame-de-la-Salette , intercèdent avec la Vierge Marie auprès de son Fils Jésus pour une réconciliation du monde et contribuent à bâtir une communauté de missionnaires de la nouvelle évangélisation. De nombreuses personnes trouvent ici un hâvre de prière et de paix, tout en recevant un accompagnement spirituel.

Depuis quinze ans, en " faisant cas de la force de salut qui est dans le Christ Jésus ", on prend au sérieux l'invitation de Paul aux croyants et croyantes de Corinthe: " Dieu nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné pour ministère de travailler à cette réconciliation ". On accepte dans la foi de se faire les " ambassadeurs du Christ ".

Depuis deux mille ans, Marie s'intéresse à la vie des hommes et des femmes d'hier et d'aujourd'hui. Depuis que son Fils nous l'a donnée sur la croix pour qu'elle soit notre Mère, elle ne peut être indifférente à ce qui fait la grandeur et la misère de l'humanité. Devant notre froideur et nos lenteurs à nous laisser réconcilier par la mort de son Fils, Marie ne peut se taire. Elle nous lance le même cri du coeur qu'elle lançait aux deux petits bergers de La Salette, Maximin et Mélanie : " Depuis le temps que je souffre pour vous autres! "

Marie, on le sait, n'a de cesse de nous aider à rencontrer le Christ. C'est sa mission: nous le donner et nous le redonner continuellement. À la suite de son Fils, seul et parfait Réconciliateur, elle est la réconciliatrice des pécheurs que nous sommes. Sa manière de l'être la pousse à nous supplier de ne pas rendre vain le sacrifice rédempteur du Crucifié. La croix qu'elle porte sur sa poitrine au moment de l'apparition aux jeunes bergers nous rappelle que le Christ sur la croix est le signe par excellence de l'amour du Père pour ses enfants à qui il a promis le salut: " C'est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui; il effaçait pour tous les hommes le compte de leurs péchés ".

L'évangile nous présente la scène touchante de Marie au pied de la croix; elle est courbée par une douleur insupportable, mais elle reste debout malgré son coeur brisé. Elle pleure toutes les larmes de son corps. Si elle ne s'écrase pas et reste debout c'est qu'elle est certaine que toute cette souffrance n'est pas inutile. Tout se déchire en elle, mais une espérance l'habite: elle sait qu'il va se passer quelque chose. Une parole de son Fils raisonne dans sa tête: " Le Fils de l'homme doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter " Lc 9,22.

Au moment de son Fiat, à l'Annonciation, Marie avait déjà accepté dans la foi son rôle de réconciliatrice; depuis la présentation de Jésus au Temple de Jérusalem, elle savait qu'un glaive lui transpercerait le coeur. Maintenant, au pied de la croix, tout est consommé pour elle, comme pour son Fils: elle s'associe au sacrifice réconciliateur du Fils de Dieu. Les Pères conciliaires, à Vatican Il, le disaient: " La Vierge Marie. . .compatit vivement avec son Fils unique. . . donnant à l'immolation de la victime née de sa chair, le consentement de son amour " L.G. 58.

À La Salette, tout le temps qu'elle leur parle, Maximin et Mélanie voient que Marie est en larmes. Quand il ira en pèlerinage à La Salette en 1988, l'ancien archevêque de Milan, le cardinal Carlo Martini dira: " Ce qui fait que la Vierge éclate en sanglots, c'est le sens qu'elle a du péché, et c'est ce qui nous manque tellement ". Si nous avons perdu le sens du péché aujourd'hui et si les catholiques boudent massivement le sacrement de la réconciliation, c'est peut-être que le sens de Dieu est perdu. Ne serait-ce pas ça l'actualité du message de la Vierge de La Salette : retrouver le sens de Dieu, retrouver le chemin de la rencontre personnelle avec le Christ Vivant ?

Rendons grâce au Seigneur pour le don à l'humanité de Marie réconciliatrice des pécheurs. Rendons grâce pour tous les efforts fournis depuis quinze ans au Centre Notre-Dame-de-la-Salette pour contribuer dans notre Eglise diocésaine à la nouvelle évangélisation de notre société.

Que Marie fasse grandir toujours davantage la foi des bénévoles du Centre, leur amour pour ceux et celles qui viennent y chercher de la lumière et de la paix; qu'elle soutienne leur espérance, fondée sur la mort et la résurrection du Christ.

AMEN


Le référenceur des meilleurs sites catholiques francophones