RÉCIT

PROPHÉTIES DE NOTRE-DAME DE LA SALETTE

Réalisation des prophéties de la Sainte Vierge

Marie agit à la façon d'une mère qui entreprend une suprême tentative pour ramener dans le droit chemin le fils qui s'en est éloigné. Elle lui rappelle ses crimes, la souffrance qu'elle en éprouve; enfin, s'il ne veut pas entendre ce dernier appel de son amour, elle lui annonce les plus sévères châtiments.

Toutes les prophéties ont été proférées d'une manière conditionnelle, car elle ajoute aussitôt après que : « s'ils se convertissent les bénédictions les plus abondantes seront leur partage. » Dès lors, même si les prédictions ne s'étaient pas réalisées, on ne pourrait pas en tirer une objection contre la Salette, puisque les habitants des environs de la Salette se sont convertis à la suite de l'apparition et il y eut alors un mouvement de retour à Dieu assez prononcé dans toute la France.

Toutefois, ce mouvement de conversion n'a pas été sans doute aussi général et aussi complet que le Ciel le désirait et les menaces de la Salette se sont toutes réalisées d'une manière plus ou moins frappante.

l. Pourriture des pommes de terre

La Belle Dame avait dit: ~ Si la récolte se gâte, ce n'est qu'à cause de vous autres. Je vous l'ai fait voir après la récolte des pommes de terre et vous n'en avez pas fait cas... Elles vont continuer à se gâter et à Noël, il n'y en aura plus.~

Cette menace s'est accomplie à peu près à la lettre. En effet, à Noël de l'année 1846, les pommes de terre étaient rares à Corps. En septembre 1847, Mlle Des Brulais, demandant à un habitant de ce pays s'il y avait eu la famine dans les environs, reçut cette réponse: ~ Oui, bien! Madame. Les pauvres gens y mouraient de faim dans la montagne; il n'y avait seulement pas une pomme de terre à manger.~ Et Mlle Des Brulais ajoutait: ~ Les pommes de terre ont donc été mauvaises ici comme ailleurs?~ ~ bien sûr, Madame, lui fut-il répondu, et pour trois francs, vous n'en auriez pas eu autant qu'aujourd'hui pour huit sous: quinze jours avant Noël, il n'y en avait plus. (Des Brulais,Echo)

La récolte fut, en effet, si mauvaise dans toute la France que le gouvernement lui-même dut intervenir, en janvier 1847, par deux ordonnances royales: l'une pour en défendre l'exportation, l'autre pour faciliter l'importation. Elle s'étaient également gâtées en Angleterre. La reine Victoria, dans son discours du trône, le 17 janvier 1847, attirait l'attention du Parlement sur la disette. ~ En Irlande surtout, disait-elle, la perte de l'aliment ordinaire du peuple a été la cause de cruelles souffrances.~ Tous ceux qui connaissent l'Irlande savent que la pomme de terre est l'aliment ordinaire de ce pays. Les journaux anglais de la même époque évaluent à douze millions de livres sterling la perte causée à la seule Irlande par le déficit de la récolte des pommes de terre.

2. Le blé gâté

Dans son discours, la Vierge avait dit: ~ Si vous avez du blé,etc...tout ce que vous sèmerez les bêtes le mangeront et ce qui viendra tombera en poussière quand vous le battrez~. Cette menace aussi s'est réalisée.

D'après les journaux de l'époque, de 1851 à 1856, la récolte du blé a été très mauvaise. Le Siècle du 5 octobre 1856 imprime ~ qu'il y a des miracles atmosphériques qui font avorter la moisson dans le sein de la terre~ (Le Siècle, 5 octobre 1856).

L'Illustration du 19 juillet 1856 constate à son tour que la maladie du pictin ou maladie des chaumes a causé de grandes pertes, en 1851 et 1852. " Jusque là, le parasite qui la provoque ne s'était que fort peu multiplié et ses dégâts avaient passé inaperçus...Depuis lors, on a plusieurs fois constaté son action pernicieuse sur les froments...La maladie commence soit avec la floraison, soit quelques jours après. Les plantes attaqués s'élèvent moins que les autres et prennent très promptement la teinte jaune qui caractérise les froments arrivés à maturité." (Illustration,19 juillet 1856)

Un correspondant de l'Univers note dans ce journal, à la date du 15 juillet 1856: " Nos blés, dans les années 1854 et 1855 n'ont donné qu'un faible rendement...Mes observations particulières m'ont convaincu que nos céréales étaient envahies par une nouvelle maladie qui les dessèche...Je croyais bien que cette maladie qui débutait aurait reparu cette année et avec plus d'intensité. Mes prévisions, ou mieux mes craintes ne se réalisent que trop bien. Après une floraison faite dans les meilleures conditions, nos blés sont envahis de nouveau par la maladie et leur rendement, déjà si faible l'année dernière, pourrait bien être encore plus faible cette année...Voici ce que je remarque: extérieurement, quelque temps après la floraison et alors que la graine commence à se former, vous voyez blanchir hâtivement la tête des épis. C'est la première invasion de la maladie qui se développe pendant la durée de plusieurs semaines et qui, en se développant, altère plus ou moins, comme je l'ai dit plus haut, la graine, les pales calicinales et, quelquefois, les tiges elles-mêmes. Intérieurement, j'ai examiné de près, j'ai ouvert les alvéoles ou pales desséchées. Les unes ne renferment aucune graine, ce sont celles qui ont été envahies les premières et quand les embryons étaient à peine noués. Les autres renferment un grain amaigri et desséché que rien ne nourrit; ce sont celles qui ont été envahies plus tard. Dans les unes et les autres, nous avons trouvé, sous la forme de poudre jaune, des "petits vers" qui, sans doute, produisent tous ces ravages. Chacun peut aujourd'hui constater le même phénomène: il suffit de se rendre au premier champ de blé, de prendre en main quelques épis, d'ouvrir les corolles marquées à leur racine d'une tache noire, et l'on verra pulluler les animalcules". (Univers,15 juillet 1856)

D'autres journaux de l'époque tels que le Courrier de Marseille. Le Sémaphore de Marseille et la Gazette du Midi signalent également qu'en Roumanie, en Pologne et en Espagne, la récolte était très déficitaire et que, en certains pays, les paysans avaient à peine, en octobre 1856, le blé nécessaire pour les semailles.

3. La famine

" Il viendra une grande famine", dit encore la Belle Dame. Cette menace aussi, s'est réalisée. " Le journal Le Constitutionnel, dans un de ses numéros de mars 1856, publie une statistique évaluant le nombre de morts causés en France par suite de la liberté des vivres"; pour l'année 1854, cette statistique porte le chiffre de 71,OOO morts; pour 1855, ce journal évalue que le chiffre minimum a été de 8O,OOO. L'année 1856 ayant été encore plus meurtrière, il n'est pas téméraire de fixer ce chiffre à 1OO,OOO. Ce qui fait plus de 25O,OOO morts en trois ans; et cette statistique ne parle que de la France. Quel total n'atteindrait-on pas pour l'Europe entière!

4. Maladie des enfants

" Avant que la famine vienne, annonça la Belle Dame, les enfants au-dessous de sept ans prendront un tremblement et mourront entre les bras des personnes qui les tiendront." Les villages environnant la Salette eurent la douleur de constater, d'une manière toute particulière, la réalisation de cette menace. Le bourg de Corps comptait alors 1,3OO habitants. En 1845, la mortalité fut de 13 enfants au-dessous de 14 ans. En 1847, elle augmenta: sur 99 décès, Corps en compte 63 pour les enfants. 63 enfants morts en une année, pour une population de 1,3OO habitants! Quelle proportion!

Les habitants de Corps n'eurent pas à souffrir du choléra de 1854. Ils s'étaient convertis et la maladie ne fit aucune victime dans le canton; mais elle ravagea de façon effrayante les cantons environnants et toute la France.

Les journaux de l'époque relatent que le choléra se compliquait la plupart du temps, chez les enfants, de la "suette militaire"; ils étaient saisis d'un froid glacial et de frissons dans tous leurs membres et, au bout de quelques heures, ils ne tardaient pas à expirer. Le Constitutionnel affirme qu'en France, en 1854, plus de 15O,OOO personnes moururent du choléra dont la moitié au moins était des enfants. La menace de Notre-Dame de la Salette s'est donc douloureusement accomplie.

5. Pourriture des raisins et des noix

Enfin, la Sainte Vierge avait encore annoncé: " les raisins pourriront et les noix deviendront mauvaises." Cette dernière prédiction s'est également accomplie. Tout le monde est au courant de la maladie de la vigne et des ravages qu'elle a fait, surtout en France; mais chose moins connue, cette maladie commença en France, peu de temps après l'apparition de la Salette.

On vit pour la première fois l'oïdium qui se répandit rapidement.