RÉCIT

L'ENFANCE DE MÉLANIE CALVAT

30 novembre 19OO

Mélanie Calvat Mon père était natif de Corps, chef-lieu de canton du département de l'Isère et s'appelait Pierre Calvat. Il était simple maçon et scieur de long, mais bon chrétien. Ma mère, Julie Barnaud, était native de Séchilienne. Mes parents habitaient Corps; ils étaient très pauvres; et mon père étant obligé de travailler au loin pour nourrir sa famille passait souvent des mois entiers dehors. Ce fut en partie pour cela que je fus mise à servir chez des patrons aussitôt que je pus travailler, avant l'âge de sept ans. Mes parents eurent dix enfants, six garçons et quatre filles. Mon père était très sérieux, il était aimé de tout le pays; il aimait le travail et tous ses enfants également. Souvent il nous exhortait à vivre dans la sainte crainte de Dieu, à être honnêtes et dociles. Il ne manquait jamais, chaque fois qu'il se trouvait dans la famille, de nous faire faire notre prière avant de nous mettre au lit; et comme j'étais trop jeune encore pour me tenir à genoux, il m'assayait sur ses genoux et m'apprenait à faie le signe de la sainte croix, puis me mettait un crucifix dans les mains, me parlait du bon Dieu et m'expliquait à sa manière le grand mystère de la Rédemption, le Christ qui avait voulu tant souffrir et puis mourir pour nous ouvrir les portes du paradis.

La mère de Mélanie

Elle aimait beaucoup les fêtes. Un jour, elle emmena sa fille à une fête. Je me rappelle que chaque fois qu'elle me portait à des fêtes ou à des comédies, aussitôt que je voyais la foule, je pleurais et me cachais la figure sur ses épaules tout en continuant de pleurer très fort, de sorte que j'empêchais les assistants d'entendre ce qui se disait et mamère devait me porter dehors.

Désir de souffrir pour le Christ

Je ne parlais qu'avec mon père; quand il me disait que c'étaient nos péchés qui avaient fait mourir Notre Seigneur Jésus-Christ, je lui disais: ~Oh, jamais je ne veux faire des péchés puisque ça a tant fait souffrir mon bon Dieu. Oh! pauvre bon Dieu, je veux toujours penser à vous, et ne veux jamais vous déplaire. Quand je pourrai marcher toute seule, je ferai comme vous avez fait, j'irai dans la solitude, je penserai à vous; et puis, quand je serai grande, j'irai dire aux méchants hommes et aux méchantes femmes: faites-moi mourir sur une croix pour que j'efface vos péchés, autrement vous n'irez jamais en paradis.

Exaspération de la mère

Ces paroles achevaient d'exaspérer ma mère; elle ne pouvait plus me voir devant ses yeux; au lieu d'être sa consolation, j'étais l'objet de toutes ses peines; elle me surnomma la muette: ~Je défends, dit-elle, à mes deux enfants de l'appeler par son nom; je défends qu'on lui donne à manger et je défends qu'on fasse attention à elle; en la tnez plus, laissez la par terre; puisqu'elle veut faire tout ce que Dieu a fait qu'elle le fasse: Dieu n'a pas eu besoin qu'on lui apprit à marcher ni qu'on le tint lorsqu'il était petit. Dieu a couché par terre, il a même demandé son pain, mais je lui défends de demander soit à présent, soit plus tard quoi que cesoit. ~ Je me trainais donc comme je pouvais sur les mains et sur les genoux, et je passais les journées et quelquefois les nuits entières dans un coin ou sous un lit. Là, je pensais à l'enfant Jésus et à la Sainte Vierge, et aux souffrances de Notre Seigneur. Plusieurs mois s'écoulaient ainsi. Enfin ma mène ennuait de me voir rester sous un lit dans une chambre, toute seule, je méritai le châtiment d'être chassée de la maison le soir.

Le matin, je voulus rentrer auprès de ma chère mère, et par un juste jugement de dieu, je fus renvoyée comme incorrigible et obstinée. Ne sachant où aller, je pris le chemin qui aboutissait à un bois qui est à quelques minutes de la maison. (...) J'avais environ trois ans.

La première fois que je me rappelle avoir été baisée par ma mère, ce fut vers l'année 1851, à l'occasion de ma prise d'habit chez les soeurs de la Providence, de Corenc. Mélanie voit Jésus.

Il y avait trois ou quatre jours que j'étais dans le bois sans voir ni entendre personne. Je n'avais plus la force de marcher, je tombais, et j'étais plongée dans une profonde tristesse en pensant combien on offensait mon Jésus. (...) Tout à coup, je vois venir à moi un tout petit enfant d'une grande beauté, vêtu d'un blanc brillant avec une jolie couronne sur la tête. Dès que ce petit enfant fut près de la sauvage il lui dit: ~Bonjour, ma soeur, pourquoi pleurez-vous? Je viens vous consoler.Je pleure parce que je voudrais savoir tout ce que mon Jésus a fait pour sauver le monde, pour que je fasse comme Lui sans rien manquer; puis ce que le monde a fait pour faire mourir mon Jésus-Christ; puis je voudrais avoir une maman; je n'ai personne.

Ma soeur, dit alors le petit, dites-moi Frère, je suis votre bon Frère, je veille sur vous; nous avons une maman. Notre maman est partout avec ses enfants; aimez la bien cette bonne maman; elle est toujours avec celles qui se montrent ses enfants. Bientôt je vous mènerai voir notre maman (...) Aimez le silence et vous entendrez la voix du Dieu du ciel qui vous parlera au coeur; ne formez de liaison avec personne et Dieu sera votre tout.

Jésus vient tous les jours

Mon petit frère venait à peu près tous les jours. Nous conversions toujours sur la passion ou sur la vie cachée de Notre Seigneur Jésus-Christ. Si je tombais dans le sentier remplis de pierres, il arrivait aussitôt me relever; nous marchions en nous tenant par la main. (...) Mon Frère était de mon âge (il a toujours été de ma taille), ses cheveux étaient chatains clair et frisés.... La première fois il était habillé de blanc, avec une couronne de roses blanches sur sa tête, mais il n'était pas toujours vêtu ainsi. Il ne vint avec une couronne que les trois premières fois; et quelque fois il avait une robe bleue et une ceinture blanche, d'autres fois une robe rose argenté serré à la ceinture par un ruban en or.

Jésus se révèle

Je dois dire que mon bien aimé Frère, pendant plus de vingt ans m'a laissé ignorer qu'il était Jésus, et que moi j'avais tout bonnement et simplement cru qu'il était mon frère, comme lui-même me l'avait assuré.

La vraie sagesse

Mon aimable Frère me dit que la vraie sagesse est dans la connaissance de notre Créateur et dans l'amour de la croix pour l'amour de Dieu; qu'on doit aimer le Rédempteur pour Lui-même non tant pour ses dons, non tant pour le ciel des cieux qu'il donne par miséricorde à ses serviteurs.

Stigmates

Dès que je fus touchée par la main bénie de mon Frère de la manière que je viens de dire, j'éprouvais en ces parties de mon corps de grandes douleurs, surtout les vendredis, et quelquefois le sang coulait des plaies qui s'y formaient d'elles-mèmes sans laisser de traces. Ces plaies duraient environ trois heures, de deux heures après midi jusqu'à 4 heures et demie. Certains vendredis elles commençaient le jeudi soir et restaient ouvertes jusqu'au vendredi soir; des fois elles ont été ouvertes tout le temps du carême.

Mélanie quitte la maison pour travailler

Dans l'année 1841, une femme de la montagne était venue chercher à Corps une enfant pour avoir soin d'une petite créature; et comme à cause de mon méchant caractère je donnais toujours des déplaisirs à ma chère mère, je fus aussitôt livrée à cette femme; et je partis sur le champ avec elle. En chemin, ma Maîtresse me demanda si je pourrais m'habituer dans sa maison isolée au milieu de la montagne, et sans jamais voir personne. Je lui répondis qu'avec Dieu, j'espérais ne pas m'ennuyer Après environ deux heures de marche, nous arrivâmes dans cette maison vraiment solitaire. La famille se composait de quatre personnes: la vieille mère, qui était venue me chercher, sa fille agée de 2O à 25 ans, un fils d'une douzaine d'années, et le tout petit enfant dont, soit disant, je devais avoir soin, et qui était l'enfant de la ville de ma Maîtresse; mais souvent on m'envoyait garder les vaches qui étaient nombreuses, et les faire paître.

Mélanie, en route vers sa demeure, rencontre son ange gardien

Une fois par mois, Mélanie allait rendre visite à ses parents. Un jour, dans le bois, elle hésita entre deux chemins. Elle pria la vierge. Elle entendit une voix très douce qui lui dit: Prenez le chemin de votre droite. Etonnée, elle vit à côté d'elle un très gentil enfant mais plus grand qu'elle.

L'enfant lui dit: Je ne suis pas votre Frère, je votre Ange gardien, envoyé par votre Frère et par votre Maman pur vous protéger et pour vous montrer le bon chemin Comme elle voulait le remercier, il avait disparu.

Pureté de l'Esprit

Jésus lui fit comprendre que dans le clergé la pureté de l'esprit est la gardienne de la pureté du corps, qu'il n'y a pas de chasteté du corps, en l'absence de la constante pureté de l'esprit, et que l'esprit et les sens ne garderont pas leur pureté s'ils ne sont crucifiés avec Jésus-Christ.

Vision du purgatoire

Un jour qu'elle gardait les vaches et qu'elle priait, elle se trouva tout à coup en face de son ange gardien qui lui dit: Soeur venez, je vous ferai des âmes de Dieu qui l'aiment beaucoup, sans qu'elles puissent le voir, autrement que par une foi incomparablement plus vive et plus persuasive que celle des mortels, ni jouir de sa gloire, puisqu'elles sont tachées par des fautes vénielles et les restes des fautes plus graves non expiées pendant la vie. Quand pour elles vous offrirez au Père Eternel, au saint Nom de Jésus-Christ, le sang et les mérites de la Passion du Sauveur, leurs taches seront lavées, effacées,et, ornées elles voleront s'unir à leur Dieu.

Aussitôt, nous nous trouvâmes près du purgatoire dans les entrailles de la terre, et il me fit voir, observer les diverses peines dont souffrent ces saintes âmes. Quelle horreur! Quelle scène terrifiante que cette réunion de toutes sortes de peines, de tourments, ces flammes mêlées d'un feu liquide, sans compter la faim, la soif et les désirs qui tourmentent chaque âme selon ses taches! L'ange me fit observer plusieurs choses que je sais, mais que je ne sais pas expliquer. J'en donnerai un petit exemple: une personne avait-elle péché par les yeux, ses yeux étaient comme un foyer de feu liquide; avait-elle péché par les mains, ses mains étaient comme des torches ardentes et liquides; il faut remarquer que le feu ne subsiste que sur les taches et par les taches, qui sont le combustible alimentant ce terrible feu. La tache disparaissant, la place de cet tache étant purifiée, le feu s'éteint comme un éclair. On objecfera peut-être que l'âme n'ayant pas de pieds, de mains, de langue, d'oreilles etc, étant un esprit, on ne voit pas comment elle peut souffrir dans ses pieds...C'est pourtant l'âme qui avait la sensation et qui la donnait au corps pendant sa vie terrestre: or l'âme ayant été dans tout le corps, dans toutes les parties du corps, condamnée au purgatoire, elle souffre dans ses parties qui ont prévariqué, de même que les trois puissances de l'âme souffriront chacune sa part de peine, ou auront chacune sa part de gloire.

Je ne vis pas deux âmes en qui les peines fussent semblables. Je ne pouvais plus supporter un spectacle si lamentable: je priais, priais pour toutes ces âmes saintes et résignées, que le Dieu des miséricordes voulut leur donner à toutes un sensible soulagement par la Passion et la mort de Jésus-Christ, et en délivrer soixante-douze pour l'amour de Marie, Vierge et mère, coopératrice de notre Rédemption. Je vis l'Ange de Dieu ayant en main un calice rempli du très précieux sang de l'Agneau qui efface les péchés du monde: il le répandit sur ces ardentes flammes qui diminuèrent aussitôt de volume et d'intensité; puis sur les âmes qui attendaient la charité du sacrifice de la Messe et les prières, pénitences et sacrifices des chrétiens pour voler dans le sein de Dieu. (...) Je vis que ces âmes avaient été à peine sauvées des peines éternelles.

Toutes les âmes n'étaient pas purifiées par le feu: j'en ai vu qui souffraient de langueur, d'accablement, de tristesse; non de tristesse d'être dans ce lieu de purgation, car ces âmes là, s'il leur était possible d'avoir une augmentation de peine, elles la désireraient afin de s'unir plus tôt à leur centre qui est Dieu. Toutes ces âmes ont la charité; elles savent qu'après leur purification, elles auront l'amour consommé et en jouiront pendant toute l'éternité. Si Dieu par impossible, faisait entrer, dans le ciel une âme avec des fautes vénielles, cette âme d'abord serait éblouie, incapable de supporter l'éclat de la lumière éternelle, à plus forte raison ne pourrait-elle se voir en face du Saint des Saints, de la Sainteté même pourquoi elle demanderait en grâce à son ange, de la conduire au purgatoire pour y laver jusqu'au dernier vestige de ses taches. Les miséricordes de Dieu sont éternelles.

Vision de Mélanie

Un jour, mes sens suspendus, mon intelligence avait vu le monde dans d'épaisses ténèbres, des incendies un peu partout, et j'entendais ces cris comme des cris de bêtes féroces: ~Vive l'anarchie~ à bas la calotte et les fanatiques! tuez, tuez; fusillez, poignardez,purgeonsla terre! ~ On noyait des vieillards, des femmes et des enfants pour aller plus vite; le sang coulait, les maisons se fermaient, mais ces hommes altérés de sang enfonçaient, brisaient les portes et massacraient tous ceux qui tombaient sous leurs mains: beaucoup de prêtres, de religieux et de religieuses étaient mis à mort; il y en avait qu'on menait en bande attaches les mains derrière le dos, on les conduisait sur une place pour les fusiller. Des femmes étaient aussi cruelles sinon plus que ces hommes enragés. Cette oeuvre, ce châtiment voulus par les mauvais chrétiens, avaient lieu, plus ou moins épouvantables, dans toutes les villes et dans tous les bourgs, et avaient commencé à la même heure, au signal donné par les chefs. Sous la dénomination de l'anarchie se cachait la secte infernale qui est dirigée par le premier révolté révolutionnaire, Lucifer. Les Eglises étaient pillées, profanées, incendiées. Les troupes se battaient contre les civils, il y avait des mauvais prêtres dans les rangs des uns et des autres; le carnage était épouvantable; et des soldats à la vue du carnage qu'ils avaient fait de leurs frères se retournèrent et tirèrent sur leurs chefs. Les Communautés priaient; les humbles et les pauvres priaient, ce sont ces derniers qui furent exaucés, mais pas avant que fut complet le nombre des innocentes victimes. Cette vendange de la justice divine, où périrent un grand nombre de milliers de prêtres, dura deux ou trois jours. Les hommes de foi pratique, quoique en petit nombre, aidés par leurs anges gardiens, furent vainqueurs.

Vision d'une âme du purgatoire

Un jour, en entrant à l'église, je vis au pied du Maître autel un prêtre qui priait très humblement. (...)J'observai qu'il avait ses habits sales et tout déchirés; sa face était affligée, extrêmement triste, mais placide, humble et résignée; il me dit: ~Béni soit à jamais le Dieu de la justice et de la miséricorde infinie! Il y a plus de trente ans que j'ai été justement condamné au purgatoire, pour n'avoir pas célébré avec foi et respect le sacrifice de la continuation du mystère de la Rédemption, et pour n'avoir pas eu tout le soin, comme c'était mon devoir, des âmes confiées à ma sollicitude. La promesse de ma libération m'a été faite pour le jour et l'heure que vous entendrez ici pour moi la Sainte Messe, en réparation de mes coupables tiédeurs. Je vous prie à présent pour mon âme trente trois génuflexions, en les offrant au Père Eternel, au tres saint Nom adorable de Jésus-christ et par les mérites de sa vie.... ~ Le mème jour je revis le saint prêtre avec des habits nouveaux, tout parsemés d'étoiles et de brillants. SEs sens qui auparavant étant pétrifiés, étaient sains, pleins de vivacité et d'éclat. (....) Après le Saint Sacrifice, je vis l'âme transformée, toute belle, toute resplendissante de gloire, entrer au ciel ds cieux.

L'amour de Dieu

Dieu ne nous défend pas d'aimer notre prochain, au contraire, il nous le commande; nous devons aimer notre prochain quel qu'il soit, amis ou ennemis, pour le pur amour de Dieu, comme son image. Nous devons aimer Dieu en premier lieu, par dessus tout, de tout notre coeur, de toutes nos forces; et après le culte intérieur passer au culte extérieur de notre sainte Religion: observer les dix commandements, fréquenter l'église avec respect, prier avec humilité.

Saint-Joseph

Saint-Joseph s'endormit dans les bras de son Seigneur trois ans avant le crucifiement; il fut aux Limbes annoncer la salutaire nouvelle de la Rédemption prochaine. A la mort sur la croix de notre très amoureux Sauveur, saint Joseph ressuscita avec son corps, mais invisible au public; et le jour de l'ascension, il entra dans la gloire des bienheureux avec notre Vainqueur Jésus-Christ. Il n'est pas nécessaire que je dise que toutes les âmes qui étaient aux Limbes, en étant sorties, restèrent sur la terre faisant cortège à Notre Seigneur pendant les quarante jours qu'il passa encore sur la terre pour affermir la foi chez les Apôtres, les disciples et le petit nombre des croyants: tout le monde sait cela. J'ai oublié de dire que saint Joseph a pratiqué toutes les vertus dans leur héroîsme; qu'il est le patron de la bonne mort et qu'il est toujours exaucé par Celui qui fut son Fils.

Vision de la création des anges

Je compris et je vis dans cette lumière sans fin la création des anges innombrables, leur épreuve, la rébellion d'un grand nombre dans les neuf choeurs, la création d'Adam et d'Eve et leur chute.

Le premier jour, en créant le ciel et la terre Dieu créa la lumière et du même coup les Anges, c'est-à-dire que Dieu créa la lumière en un seul point, et de cette lumière sortirent des multitudes d'Anges remplis de science infuse très élevée et de dons naturels proportionnés à la mission, et à la grandeur surnaturelle de chaque choeur. Tous aimaient Dieu de tout leur pouvoir selon leur capacité, et nageaient dans le bonheur le plus parfait; la gloire qu'ils avaient, même avant de jouir de la vue de l'Essence Divine, est incompréhensible aux mortels; de sorte que la gloire du moindre d'entre eux, sa lumière, sa splendeur aurait obscurci l'éclat de notre soleil.

Après les avoir créés Dieu leur fit entendre qu'il les destinait à être sa cour dans le ciel des cieux. Mais le Très Haut dans sa sagesse mystérieuse avait résolu de ne donner sa gloire éternelle à aucune créature intelligente si auparavant elle n'avait montré sa soumission et sa fidélité en lui obéissant; il ne permit donc pas que les Anges vissent son Essence divine, autrement ils eussent été impeccables. Donc, Dieu ne s'étant pas manifesté aux Anges dans toute la plénitude de sa gloire (comme il le fit après la Victoire éclatante des bons anges), tous les anges connaissaient parfaitement la Haute Majesté du seul unique Dieu, incréé, éternel et tous ses attributs inaccessibles et éternels parce que tous procèdent de l'Eternel Très-Haut. Tous avaient la connaissance claire de la future union hypostatique, du Verbe de Dieu avec la nature humaine (non déchue). L'épreuve: Dieu, laissa les anges quelques instants avec leur libre arbitre dans l'obscurité de la Foi (la foi sur l'union hypostatique), ensuite il leur déclara ceci et leur donna ce commandement: ~Un jour viendra que mon Verbe prendra un corps humain (déjà ils avaient vu le corps d'Adam formé avec du limon, quoiqu'il ne fût pas encore créé), et sous cette nature vous devrez tous l'adorer.~

A ce commandement du Tout Puissant il y eut un grand nombre d'anges de toutes les Hiérarchies qui refusèrent l'obéissance à leur créateur; et le premier à se révolter et à donner le signal de la rébellion fut Lucifer, le plus beau et le plus élevé en gloire et en autorité ayant sous lui tous les choerus angéliques; dans son orgueil il dit: ~ Est-ce que MOI j'adorerai le Verbe sous la nature humaine, moi qui ai mon trône au dessus de tous les esprits sortis des mains du Tout Puissant? Ah! cela je ne le ferai jamais, je n'avilirai jamais ma haute dignité! Il y eut une minute de silence: silence de stupéfaction....Lucifer dans le langage intellectuel manifesta sa ferme résolution bien réfléchie et dirigea ses pensées de blasphème vers tous les saints Anges.

De son côté Michel parla de Dieu avec une divine éloquence invitant les célestes intelligences, à s'humilier devant l'Etre incréé, à reconnaître sa suprématie,etc... aussitôt se formèrent les deux camps et la guerre épouvantable entre esprits et esprits, leurs armes étaient la diversité de leur sentiments: les pervers et les saints: à l'audacieuse réponse et rebelle réponse de l'orgueilleux Lucifer avaient acquiescé beaucoup d'anges. Alors le Souverain Seigneur, juste dans ses jugements leur dit: ~Pour conserver votre honneur, votre dignité et votre gloire vous avez désobéi à votre Dieu votre créateur, vous perdrez tout et j'allumerai dans vous un feu qui vous brulera vifs éternellement.

St-Michel n'avait cessé le premier d'acclamer la juste sagesse du Tout Puissant et l'ordre donné en disant: ~Qui est comme Dieu?~ et tous les anges fidèles répétaient en choeur: ~Qui est comme Dieu?~ Pour récompenser l'amour, la fidélité, le zèle et l'obéissance de l'Archange St Michel, Dieu lui donna la place honorifique de Lucifer, le fit plus beau encore et plus glorieux que n'était le révolté le premier révolutionnaire, et l'établit (chef) de l'armée angélique du ciel.

Entre temps Lucifer et les adhérents de son aveugle orgueil et de sa rébellion étaient comme pétrifiés, enragés, haineux et remplis du désespoir qui ne devait plus les quitter: ils perdirent en un instant les attributs des anges, furent dépouillés de la grâce, de tous leurs privilèges et ne purent plus contempler, voir même la lumière de la Majesté du Très-Haut.

Sur l'ordre de Dieu l'Archange s. Michel infligea aux révoltés la peine que chacun avait méritée. Le fidèle et glorieux capitaine condamna Lucifer avec un grand nombre d'anges dans les profondeurs des abîmes; (ce sont eux qui, par vengeance tourmentent en mille manières les âmes qui se damnent), d'autres sur la terre, où ils tentent les hommes; les autres dans les airs, où ils excitent les tempêtes, soulèvent les mers, sèment les infections,lespestes et souvent les maladies,etc. La diversité des peines des anges rebelles répond aux connaissances diverses que chacun avait, bien que tous fussent comblés de gloire et d'une haute intelligence et profonde connaisance des plus hauts mystères, mais chacun selon sa capacité. Lucifer ayant été le plus beau et le plus éclairé fut le plus coupable et en conséquence le plus sévèrement puni.

Après que Dieu eut formé le corps très parfait d'Adam il lui souffla sur le visage, et ce souffle lumineux de la toute-puissance du Très-Haut lui donna la vie, c'était son âme. Adam fut créé avec la science infuse, il était bon et orné de tous les privilèges de la magnificence dans son âme et dans son corps; il était innocent et parfait en tout. Dieu l'avait établi roi et dominateur sur toutes les créatures animées inférieures à lui. Il lui avait manifesté ses divers attributs, son Etre immortel éternel, tout puissant gouvernant tout par son éternelle sagesse, sa suprême domination sur tout le créé, et bien d'autres mystères; enfin comment Il est partout et que toutes choses sont en Lui. Et lui avait fait connaître que son Verbe prendrait sa nature et viendrait sous cette forme humaine comme son Seigneur, son Maître, pour enseigner aux hommes la pratique du culte, du respect et de l'obéissance dus à Dieu leur créateur.

Bibliographie:
L'enfance de Mélanie, Bergère de la Salette,
édition Téqui,
Écrit par elle-même,
Document remis par l'abbé Combe, directeur spirituel, à Léon Bloy.