RÉCIT

DERNIÈRES ANNÉES DE MÉLANIE CALVAT

Sa vie errante

l. Après l'Apparition, elle continua de garder ses troupeaux environ deux mois.

2. Quinze jours avant Noël 1846, elle fut mise en pension à Corps chez les sœurs de la Providence. Elle y demeura quatre ans après lesquels elle pensa à se faire religieuse. Mgr. de Bruillard l'envoya à Corenc, où elle prit au bout d'un an l'habit des Religieuses de la Providence. Elle demeura deux ans dans le couvent de Corenc. Au moment de faire ses vœux, Mgr. Ginoulhiac, successeur de Mgr. de Bruillard, y mit opposition parce qu'il prétendit qu'elle avait dit tout haut à la chapelle qu'il était fou.

- Est-ce vrai que vous aviez dit cela ou quelque chose de semblable, de votre Évêque?

- Mais non, mon Père. Un jour que Notre Seigneur me témoignait son amour, je m'écriai, sans penser qu'on m'entendait: Seigneur, vous êtes fou, fou, fou! Mgr. Ginoulhiac a cru que j'avais dit cela de lui.

3. Le 2O septembre 1854, elle partit en pleurant pour l'Angleterre, où elle entra dans le couvent des Carmélites de Darlington.

4. Le 19 septembre 186O, Mgr. l'évêque de Darlington l'autorisa à sortir du couvent des Carmélites. Deux ou trois jours après elle partit, Mgr. Ginoulhiac ne voulant pas la recevoir dans son diocèse, l'Aumônier du couvent, une religieuse professe et une novice la conduisirent à Marseille.

5. Le 27 ou 28 septembre, le Révérend Père Bartez de la Compagnie de Jésus, la fit entrer (non comme religieuse mais comme pensionnaire pour la cacher) chez les sœurs de la Compassion, dont il était le fondateur, et la confia à la Mère Marie de la Présentation, Supérieure de la communauté de St Barnabé, près de Marseille, en lui disant: ~ Je vous confie cette enfant, ne la quittez jamais.~

6. Mgr. Petagna, évêque de Castellamare di Stabia, obligé de fuir devant la révolution italienne victorieuse et de s'exiler, était arrivé à Marseille presque en même temps que Mélanie. Par une disposition de la divine Providence, qui voulait ménager à la Bergère un protecteur pour les futures épreuves que lui réservait encore son pays, Mgr. de Castellamare vint tout près de Marseille, à la Byancarde, résider à la Maison-mère des Religieuses de la Compassion. C'est là qu'il connut la Missionnaire de la Sainte Vierge: il lui porta le plus grand intérêt.

7. Le Révérend Père Bartez étant mort le 26 janvier 186l, la Mère Marie de la Présentation et la Bergère furent envoyées, le 21 novembre 1861, dans les îles Ioniennes, en Céphalonie, où la congrégation de la Compassion avait un orphelinat. Cet orphelinat ayant été réuni à un autre que ces mêmes religieuses avaient à Corfou, la Mère de la Présentation et la Bergère revinrent à Marseille, le 14 août 1863, après un séjour de 21 mois environ dans les îles Ioniennes.

8. Ayant su que par une disposition impénétrable de la divine providence, on répugnait beaucoup à la garder à la Compassion, la pauvre errante, après avis du Révérend Père Calarge, son directeur, entra chez les Carmélites de Marseille, le 14 août 1863, c'est-à-dire le jour même de son arrivée.

9. À peine eut-elle franchit le seuil du couvent, qu'elle sentit, par une révolution intérieure qui s'opéra en elle, que ce n'était point là que Dieu la voulait et qu'elle ne pourrait y demeurer. Effectivement après un séjour de dix mois, elle dut en sortir et fut de nouveau recueillie à la Compassion, en juin 1864.

1O. Lorsque après un exil de six ans, Mgr. Petagna quitta Marseille pour rentrer dans son diocèse, en novembre 1866, il fit espérer à Mélanie, qui en avait fait la demande à sa Grandeur, qu'il lui donnerait l'hospitalité à Castellamare, dans le cas où de nouvelles épreuves la réduiraient à quitter la Compassion.

11. Le 13 avril 1867, congédiée de la Compassion sans qu'elle ait jamais su pourquoi: elle se rendit à Grenoble, accompagnée de la Mère Marie de la Présentation, qui se trouvait alors depuis trois ans, assistante générale de la congrégation.

12. L'évêché de Grenoble écrivit aussitôt à Mgr. de Castellamare. Pendant les négociations qui durèrent environ un mois, les deux religieuses se retirèrent au monastère de la Visitation, de Voiron.

13. L'affaire étant réglée avec Mgr. de Castellamare, Mgr. Ginoulhiac dit à la Mère Marie de la Présentation qu'elle pouvait partir avec Mélanie, qu'il prenait la chose sur lui et se chargeait de tout régulariser avec Rome. Elles partirent pour Castellare, où Mgr. Pegagna pourvut à tous leurs besoins, avec une sollicitude vraiment paternelle.

Mai 1899

L'abbé Combe invite Mélanie Calvat à venir résider dans sa paroisse. Il lui promet qu'il respectera son anonymat. L'abbé Combe s'intéressait à la cause de la Salette. Il avait lu le fameux secret et cela l'avait édifié. Il avait entendu dire que Mélanie Calvat avait mal tourné. Quand il connût son adresse: il commença à lui écrire. On lui reproche une inconstance dans les lieux où elle résidait. L'abbé Combe voulait connaître le pourquoi de tout cela. Est-ce bien vrai toutes ces rumeurs qui courent sur Mélanie Calvat? Voilà pourquoi, il décida de l'inviter dans sa paroisse de Diou en France afin de mieux l'analyser, de mieux la connaître.

l. Arrivée à Diou (mai 1899).

Dès notre arrivée à la maison, j'ai voulu savoir si elle était humble, et j'ai opéré avec la cruauté d'un juge d'instruction. Brusquement, je lui racontai les vilaines choses qu'on m'avait dites sur son compte, sans omettre les plus atroces, que je n'ose pas écrire. J'en fus également pour mes frais. Non seulement elle ne protesta pas contre des calomnies, mais encore son visage garda tout le temps sa candeur enfantine, et avec sa simplicité répondait à toutes mes questions.

2. Abstinence totale

Midi: En allant à la salle à manger, elle a répondu avec tant de précision à une inquiétude que j'avais, qu'il faut qu'elle ait vu ma pensée. ~ Oh, mon Père, a-t-elle dit, maintenant je mange de tout. Mais de l'eau, s'il vous plaît, aussi froide que possible (mettant la main sur son cœur) parce que je brûle.

Ni mon père, ni la servante n'ont remarqué que rien n'entrait dans sa bouche, tant elle maniait naturellement sa fourchette, mais moi qui ne perdais aucun de ses mouvements, j'ai vu que tout est allé dans la bouche de Black qui ne l'a pas quittée le temps du repas.

3. Elle avait des apparitions des âmes du purgatoire

~ Êtes-vous bien sûre, ma chère Sœur, d'avoir vu ma mère après sa mort?

~ Je vis une pauvre dame assise au bord d'un fossé, qui paraissait bien humiliée et affligée. Je me suis approchée d'elle pour la consoler, ne sachant pas que c'était une personne défunte. Alors elle se fit connaître et se nomma. Elle me dit qu'elle avait un fils prêtre, à Vichy, et qu'elle souffrait pour l'avoir élevé avec faiblesse, parce qu'elle l'aimait trop.

24 mai

l. Elle lisait dans les âmes.

Elle cherchait quelque chose au fond de son sac de voyage et gracieusement, me donne une petite boîte d'allumettes. ~ Que voulez-vous que je fasse avec ces allumettes? ~ Riant, elle répondit: ~ Pour votre lampe de la Madone.~ Personne ne pouvait lui avoir dit que dans ma chambre j'entretenais une veilleuse devant une image de Notre Dame du Bon Conseil.

2. Abstinence

Pendant ces cinq jours, mon père et moi nous n'avons pas quitté Mélanie. À moins de supposer qu'elle mangeait la nuit (il serait resté des miettes dans sa chambre), elle n'a pris aucune nourriture solide, à part le léger potage de Vichy.

21 juin

Arrivée à 9 heures, je l'ai conduite aussitôt chez Mme Hartman, sa propriétaire , qui enlève les derniers meubles inutiles afin que Mme Barnaud (le nom que Mélanie s'était donné pour ne pas être reconnue) puisse s'installer demain. Mélanie ne semblait pas satisfaite du loyer parce qu'elle n'avait pas assez de confidentialité. ~ J'ignorais alors qu'elle avait des extases, encore plus que ces extases étaient extrêmement fréquentes. Le malentendu était donc inévitable pour moi. Plutôt que de dire la raison de ses exigences, l'humble fille préférait se laisser accuser d'orgueil et de folie.

On commença déjà à dire que Mélanie était folle avec ses ridicules terreurs d'être vue.

2 juillet

l. Souvent en retard pour la messe

~ Plus de communion quand elle arrivera en retard! Que dirait-on si l'on remarquait des attentions si spéciales pour une étrangère qui s'entête à venir en retard à la messe, qu'elle entend parfaitement sonner, et qui habite à 15O mètres de l'église. Déjà elle passe pour une folle avec ses terreurs ridicules d'être vue dans son jardin par le jardinier. C'est suffisant.~

Je m'attendais à ce qu'elle vint s'excuser sans tarder. Rien. À 9 heures, je me rendis chez elle. Portes et volets fermés: qu'est-ce que cela veut dire? J'y retourne à midi: personne. Est-ce qu'elle serait partie pour son Italie? J'y retourne à 5 heures du soir. Je la trouve la figure rayonnante.

- Pourquoi êtes-vous sortie de l'église ce matin avant que je vous donne la sainte communion?

- Vous ne vouliez pas me la donner.

- Êtes-vous rentrée chez vous aussitôt?

- Non, mon père. Je suis allée à Sept Fons demander la communion.

- Avec cette boue, ce temps de pluie, et ces chaussures qui prennent l'eau. Quatre kilomètres dans ces conditions pour leur demander la communion! Un Père est-il venu vous donner la communion?

- Le Frère de la porte m'a répondu que la messe était dite et qu'on ne garde pas le Bon Dieu dans la chapelle extérieure.

- Pourquoi n'êtes-vous pas rentrée à midi? Il ne vous fallait pas quatre heures pour revenir.

- Je suis allée à Dompierre.

-Quatre autres kilomètres! Vous êtes folle!

- J'étais affamée, je volais.

- Comment vous êtes-vous prise pour communier à cette heure tardive?.... Silence.... Ma pauvre Sœur, ne vous étonnez pas si, dans quelques jours, on parle à Dompierre d'une originale qui est venue habiter Diou, qui manque la messe dans sa paroisse, puis va dans les paroisses voisines relancer les prêtres pour se faire donner la communion!

- Le curé n'était plus là. Silence.

- Qu'avez-vous fait alors? ...Silence...Je vous ordonne de répondre.

- Je suis retournée à l'Église. Je me suis plainte à Notre-Seigneur. Je me suis agenouillée devant N.D. de Compassion, et puis à la Table Sainte.

- Un ange vous a communié, n'est-ce pas?

- ( très bas). OUI.

Après ce oui sorti très péniblement et par obéissance, elle a baissé les yeux et a gardé un silence absolu. Je me suis retiré plus confus que fier.

- Quelles paroles a-t-il prononcées en vous donnant la Sainte Hostie?

-Corpus meum custodiat animan tuam in vitam aeternam.

- Alors, c'est Notre Seigneur?

- Oui.... Il était dans une lumière sans limites, dans sa propre lumière... Il est venu à moi. C'est dans sa poitrine qu'il a pris la Sainte Hostie. Notre Seigneur établit l'âme dans une grande paix et union avec Lui. Il dispose l'âme à le recevoir.

2. Grâces

La Marquise Douairière de Kergariou, avec qui j'étais en correspondance suivie depuis six ans, m'écrivit de son château de Coetillan, en Ploubezre, par Lannion, Côtes du Nord, de vouloir bien prier ~ la sainte~ pour lui obtenir une bonne mort, car son médecin, de qui elle avait exigé la vérité, avait déclaré que sa maladie était mortelle. Je dis à Mélanie: ~ Demandez sa guérison~. Trois jours après, je reçus cette lettre de la marquise: ~ J'ai été guérie subitement: le médecin n'y comprend rien. Je le dois certainement aux prières de la Sainte. C'était en 19OO, elle mourut octogénaire le 12 décembre 19O3.

Je ne puis pas obtenir qu'en allant à la table de communion elle ne fasse qu'une génuflexion, comme tout le monde. En présence de Notre Seigneur elle ne pense ni à ce que je lui ai dit ni à sa résolution d'en tenir compte, et se prosterne à deux genoux. Son action de grâces n'est que d'un quart d'heure. Mais il est bien employé. Il lui arrive de temps en temps de porter la main sur son cœur, comme si elle y éprouvait subitement une vive douleur; mais une sorte de sourire amoureux atténue sur ses traits l'expression de la souffrance. Le plus souvent elle retient sa main. Le geste est à peine esquissé. Je crois que personne ne l'a jusqu'ici remarqué.

Pour qu'on ne soupçonne pas son abstinence elle achète du pain et s'en débarrasse dans les mains des pauvres qui viennent à la porte. Elle se fait aussi donner des fruits de son jardin par Blou, ou les cueille visiblement elle-même et me les apporte sans rien dire à personne.

Mgr Fava refuse d'appliquer la Règle donnée par la Sainte Vierge.

- Est-il exact, ma chère Sœur, que Mgr. Fava ait résisté à un ordre formel de Léon XIII qu'il donnât la Règle de la Sainte Vierge aux Missionnaires de la Salette? À un conseil, je l'admets; à un ordre, je ne puis le croire.

- Il a résisté à un ordre formel.

- Mettez-moi par écrit ce que vous savez à ce sujet?

- Nous étions vers les derniers jours de décembre 1878, et jour de dimanche. Vers 1O ou 11 heures du matin, mon évêque, Mgr. Petagna, me fit dire que Mgr. Fava, l'Évêque de Grenoble, désirait une entrevue avec moi. L'entretien roula sur le motif qui avait amené sa Grandeur française à Rome: demander pour l'Église bâtie sur la Montagne de la Salette le titre de Basilique; faire approuver une nouvelle statue de Notre Dame de la Salette, dont il avait fait le modèle, faire approuver ses Constitutions pour les Pères de la Salette.... Mgr. Petagna me dit que le Pape demande que je me rende à Rome, et que si je ne le suis pas, je lui adresse tous les écrits concernant la fondation de l'Ordre des Apôtres des derniers temps ainsi que la Règle de la Très Sainte Vierge. Juste à ce moment, arriva Mgr. Fava, qui avait grand désir de savoir cette grave affaire. Il demanda à mon saint Évêque de lui faire lire le pli venu de Rome. Il ne fut pas exaucé; et bientôt je m'éloignai, le cœur bien triste du lamentable état, si grave, de Mgr. Petagna (qui était très malade).

Son Excellence ne pensait pas que je resterais cinq mois à Rome par l'ordre du St-Père, et qu'à mon retour, je ne la retrouverais plus dans ce bas monde. Vers le soir, l'Évêque de Grenoble, qui avait su que je ne partais que le lundi, vint me dire que je devais OBÉIR À LA VOIX DU PAPE et partir sans retard avec lui, à dix heures du soir, pour arriver à Rome à 7 heures du matin. Je fis quelque résistance avant de me rendre à ses exigences, parce que mon légitime Supérieur, qui était aussi mon confesseur depuis plus de 16 ans, était Mgr. Petagna, qui seul avait plein pouvoir sur moi, et à qui le Saint Père Pie IX avait confié ma direction avec les privilèges. /p>

Sa Grandeur de Grenoble me dit: ~ Ma chère enfant, je vous porte beaucoup d'intérêt, je ne voudrais pas qu'on vous fit de la peine. Vous allez voir le Pape; je crois dans votre intérêt devoir vous dire d'être bien soumise. D'abord, qu'allez-vous lui dire ma bonne et chère fille? ~

- Ce que le bon Dieu m'inspirera.

- Oui, mais si le Pape vous disait qu'il serait utile que vous commenciez une Congrégation Religieuse, vous sentiriez-vous d'avoir les talents voulus pour cette oeuvre?

- Je suis prête, Monseigneur, à faire tout ce que le Saint Père me dira de faire; et si sa Sainteté m'ordonnait de faire quelque chose bien au-dessus de mes forces et de mon talent, assurément que le bon Dieu se ferait mes forces et mon talent.

- Pour votre intérêt je veux vous donner cet avis, ma fille, et le Pape en voyant votre humilité sera satisfait de vous: tout ce que le pape pourra vous dire de faire ou de ne pas faire, vous lui répondrez toujours que vous remettez ces choses dans les mains de l'Évêque de Grenoble, dont la science et la prudence vous sont connues. Et à propos, ma chère Fille, (il met sa main dans sa poche et en retire un porte-feuille, il l'ouvre et en tire des billets de banque), voici deux billets de banque que je vous donne pour vos MENUS PLAISIRS. Vous allez bien dire au Pape ce que je viens de vous dire.

- Oh! Monseigneur, je ne vous promets pas du tout de parler ainsi à Notre Saint Père. Outre que j'ai déjà oublié ce que votre Grandeur m'a dit, je tiens à répondre ce qui me viendra dans le moment.

Et sa Grandeur remit ses billets dans son porte-monnaie.

LE CONGRÈS

Monseigneur Fava n'était pas encore arrivé. Son Éminence le cardinal Ferrieri me fit comprendre, en quelques brèves paroles, que sa Sainteté avait prescrit ce Congrès extraordinaire, tenu en son Nom, pour décider de mettre à exécution ce que la Sainte Vierge m'avait demandé sur la sainte Montagne de la Salette.

Son Éminence me demanda s'il y avait longtemps que je n'étais plus retournée sur la sainte Montagne, et si quelquefois j'étais restée avec les personnes qui l'habitent, et ce que j'avais remarqué là-haut qui ne plaît pas au bon Dieu. Je répondis qu'il y avait quelques années déjà que j'étais privée du bonheur de gravir la Montagne, et de revoir les lieux où Marie a versé tant de larmes. Je suis restée une fois, il me semble deux mois (janvier à mars 1884) elle a oublié d'écrire s'il s'agit de semaines ou de jours) sur la sainte Montagne, et une autre fois deux jours, lorsqu'il y avait les Sœurs de la Providence. Après j'y suis allée encore trois fois, mais sans y passer la nuit. Ce qui m'a fait une bien grande peine, et que j'ai eu la douleur de constater plusieurs fois, c'est le manque de charité. Ainsi pour ne donner qu'un exemple: un pauvre qui était en même temps infirme avait reçu l'aumône de deux liards, il vint droit au magasin des Sœurs demander une médaille, et j'étais présente. La Sœur lui donne la médaille. Le pauvre met ses deux liards sur le comptoir, et il se retirait tout allègre, quand il s'entend appeler. La Sœur s'était aperçue que ce n'était pas un sous qu'elle avait reçu, et eut le courage de reprendre la médaille des mains de ce pauvre. Sur la Montagne, Éminence, ils sont des accapareurs, des envieux et des durs de cœur, avec l'avarice et le mensonge par-dessus tout le reste. Voici tout à coup que Sa Grandeur de Grenoble, Mgr. Fava, entre. Quand il fut assis, le cardinal Ferrieri prit la parole: ~ Monseigneur, qui est-ce qui a fait la Règle que vous avez donnée aux Prêtres et aux Religieuses de la Salette?

- C'est moi, Éminence.

- Et saviez-vous que la Très Sainte Vierge avait donné la Règle à Mélanie?

- Eh oui, Éminence.

- Et comment cela vous est-il venu, Monseigneur, de faire une Règle, lors que vous saviez que la Très Sainte Vierge en avait donné une à Mélanie?

- Oh! Éminence, ma Règle est bien autre chose que celle de Mélanie.

- Au moins, Monseigneur, avant de faire votre Règle vous avez consulté Mélanie? Mélanie, est-ce que Monseigneur vous a consultée quand il faisait sa Règle?

- Jamais, Éminence.

- Oh! Monseigneur, comment avez-vous fait cela?

- (Silence)

- Eh bien, nous ordonnons que Mélanie aille sur la Montagne de la Salette, porte la Règle que la Sainte Vierge lui a donnée, et qu'elle la fasse observer aux Religieuses et aux Religieux.

- Éminence, je n'accepterai la Règle de Mélanie, que quand l'Église m'aura prouvé qu'elle vient de la Très Sainte Vierge.

- (Le cardinal Ferrieri) Qu'en dites-vous, Mélanie?

- Je suis fille soumise de l'Église. Éminence, je ferai ce qu'elle me dira.

Un prélat vint me prendre et me conduire auprès du Saint-Père, selon le cérémonial: le Saint Père me bénit, puis il s'assied et me dit à peu près ceci: ~ Quand Dieu donne une mission à une personne, il lui trace la voie (le chemin), il lui montre dans quel sens, dans quel esprit, elle doit suivre sa voie... La Sainte Vierge vous a donné une Règle pour un nouvel Ordre Religieux, quoiqu'il en existe déjà beaucoup. Maintenant, vous allez partir tout de suite; vous irez sur la Montagne de la Salette avec la Règle que vous a donnée la Sainte Vierge Marie, et vous la ferez observer comme elle vous l'a donnée. Vous allez partir tout de suite, tout de suite.

- Très Saint Père, les prêtres qui sont sur la Sainte Montagne marchent, depuis peut-être plus de vingt ans, dans une voie opposée à la Règle de la Très Sainte Vierge; il leur sera très difficile de rompre avec leurs anciennes habitudes, pour embrasser une vie pauvre et pleine d'abnégation. Ils se révolteront, disant que je leur impose des choses impossibles.

- Ah! mais non, dit le Saint Père: vous leur lirez toute la Règle; et les prêtres qui ne voudront pas l'observer, l'Évêque les enverra dans une paroisse. Avant d'aller sur la Montagne, vous écrirez les Constitutions. Vous allez aller avec l'Évêque de Grenoble, et vous écrirez tout.

- Très Saint Père, me sera-t-il possible, sous la pression de Mgr. Fava, d'écrire spontanément les vouloirs du Ciel?

- Mais, mais attendez, ajouta le Saint Père, quand vous aurez écrit des pages, vous me les adresserez, et vous continuerez d'écrire ce qu'il y a encore.

- Très Saint Père, pardonnez-moi si je parle encore. Le pli que j'adresserai à Votre Sainteté ne sera-t-il pas non seulement ouvert, mais mon écrit modifié, en sorte qu'il ne sera plus les vouloirs du Ciel, mais ceux de la nature humaine?

- Oui, dit le Saint Père, l'Évêque ferait cela! Eh bien, voici vous écriez, puis vous mettrez sur l'enveloppe: ~ Au Pape Léon XIII, que c'est moi, et vous la cachetterez bien.

- Je veux bien me soumettre à la décision de votre Sainteté malgré que je suis convaincue que je vais être sous la forte pulsion de Mgr. Fava. Si, par sa grande bonté et désir de la vérité, Votre Sainteté voulait, pour faire ces écrits, me laisser à Rome, ou m'envoyer à Castellamare di Stabia, ou dans tout autre pays ou j'aurai ma liberté d'écrire sans crainte, je suis prête à aller n'importe où, pour l'amour de la vérité.

- Je suis restée chez les Visitandines, il me semble du 3 décembre 1878 jusqu'au 5 mai 1879.

Note tirée du couvent de la Visitation de Rome

~ Sa conduite et ses paroles nous eurent bientôt révélé qu'elle grande sainteté se renfermait dans cette âme d'élite. Pendant un mois environ elle demeura toujours renfermée dans sa cellule et occupée à écrire. Elle allait à la table commune et quelquefois, à nos assemblées d'après vêpres.

Il nous est impossible de dire toutes les vertus qu'on a vu pratiquer à cette grande servante de Dieu; seulement, nous pouvons assurer que c'était une âme toute abîmée en Dieu, sans que la moindre affectation la rendit singulière. Ses paroles étaient toujours bonnes et édifiantes, et elle mettait ses délices à parler de la Très Sainte Vierge.

Nous avons été édifiées par la charité qu'elle a exercée envers nos sœurs infirmes, se dévouant à leur service la nuit comme le jour. ~ Elle est demeurée environ cinq mois chez nous attendant résignée la solution de son affaire; et ce fut pour des motifs de santé qu'on décida son départ, qui fut fixé au 5 mai 1879.

Rome, Monastère de la Visitation, 8 déc. 19O8.

Charisme de science

Je n'ai eu qu'après sa mort l'explication d'une réponse qu'elle m'avait faite le 21 juin 19OO, que j'avais attribuée à sa mauvaise humeur et à son parti pris. Je lui disais: ~ Comme vous pouvez recevoir quelqu'un, Mme Hartman a eu la bonté de laisser un lit tout garni dans cette alcôve. ~ Je n'en veux pas! elle peut l'enlever! répondit-elle avec une vive répugnance. Après sa mort, M. le curé avait dit: ~ Oh! mon Père que de péchés, il s'est fait là? ~ Si l'odeur du péché est la seule souffrance qu'elle ne pouvait supporter, que dut-elle souffrir dans cette maison bourgeoise durant plus de trois ans, l'alcôve étant à côté de sa chambre de travail!

31 décembre 19OO

Les Stigmates

Ce matin seulement j'ai surpris le mystère de ses arrivées tardives à la messe, une ou deux fois par semaine depuis six mois qu'elle est ici, il m'a été impossible de l'en corriger. Elle a préféré me laisser croire qu'elle était inattentive à mes avis, paresseuse, originale, et même indifférente pour une partie de la messe, comme je l'en accusais. Sans un acte fort audacieux que je me suis permis ce matin, je n'aurais jamais su le don extraordinaire qu'elle cachait avec tant de soin.

Extrêmement surpris que ce dernier jour de l'année, elle a manqué la messe, si elle n'était malade, je me rendis chez elle à 6 heures et demi du matin. Les persiennes étaient fermées. Si elle était malade, comment lui porter secours? Sa chambre à coucher donnant non sur la rue, mais sur la terrasse, du côté du parc, je passai chez Blou, et de la terrasse je frappai aux persiennes de sa porte vitrée, me nommant et demandant pour quelle raison elle n'était pas venue à la messe, si elle était malade, etc. Au bout de deux minutes environ elle arriva par le salon et me fit entrer. Elle ne voulut pas s'expliquer, mais je remarquai qu'elle pouvait à peine se tenir debout. Comme il faisait très froid dans le salon. Elle était visiblement anxieuse et aurait voulu pouvoir me retenir; mais passant devant elle j'étais déjà dans le corridor et j'arrivais le premier à sa porte. Quand j'ouvris sans attendre, contre mon habitude! Elle ne put ainsi faire disparaître la preuve matérielle de ses sanglants stigmates avant que je les aperçoive. Pendant qu'elle entre derrière moi, je me tourne à demi pour prendre une chaise, ce fut l'affaire d'une demi seconde; et cependant tous les linges avaient disparu!

- Pourquoi avez-vous ces linges? dis-je, stupéfait de ce tour de force ou de passe-passe. (Je ne connaissais pas encore suffisamment les merveilles surnaturelles de sa vie pour faire une autre supposition, bien que ce tour de passe-passe fût pour moi inexplicable. Il était matériellement impossible qu'elle eût enlevé le linge avec ses mains, puisqu'elle venait derrière moi et que mon geste pour prendre la chaise n'avait duré une demi seconde. Encore plus impossible qu'elle les eût fait disparaître; mais le fait était là).

- Silence.

- Pas de mystère! C'est inutile, ma chère sœur. Votre plaie du côté a saigné et vous avez beaucoup souffert?

- Suppliante, mon Père, laissez ça.

- Je vous ordonne de répondre. C'est pour cela que vous n'êtes pas venue à la messe?

- Oui. Ce oui était si obéissant et si humble que je n'ai pas eu le courage de poser d'autres questions. Je lui ai dit de venir communier. Elle a d'abord refusé pour ne pas me déranger. ~ Cela ne me dérangera pas ma bonne sœur, venez.~ Et bien qu'elle put à peine se tenir debout, elle a accepté avec une vive reconnaissance.

19O1

Samedi 12 juin

Comme encore ce matin elle n'a pas entendu la messe, je me suis rendu (l'abbé Combe) chez elle, pour me renseigner sur la nature de ces extases si fréquentes, et de ces effusions abondantes de sang d'une pauvre victime qui ne mange rien.

- Le linge que vous m'avez remis jeudi n'a pas pu préserver vos vêtements, puisque les quatre doubles sont traversés. En aviez-vous d'autres par-dessus celui-là?

- Oui

- Pourquoi ne me les avez-vous pas apportés?

-Vous m'aviez demandé celui qui serait sur la plaie.

- Est-ce la nuit ou le matin que votre plaie a saigné?

- Pour sûr le matin, puisque je vous ai porté le linge tout de suite après; mais je ne sais pas si ça commencé la nuit.

- Vous n'avez donc aucune notion du temps dans cet état?

- Non, mon Père.

-Aviez-vous la vue de Notre Seigneur mourant?

- Oh! mon Père, pourquoi me questionnez-vous tant? /p>

- Parce que j'aime beaucoup l'Apôtre St Thomas. Quand vos mains saignent sont-elles transpercées?

- Oui.

- Comment l'avez-vous su?

- Un jour que j'écossais des pois, un pois entra. Je voulus l'arracher avec une broche, mais je ne pus en venir à bout. Alors je le poussai, et il sortit de l'autre côté.

- Et vos pieds?

- Je n'ai pas regardé.

- Saignent-ils beaucoup aussi? /p>

- Mes bas sont collés par le sang; pour les ôter, il faut que je mette mes pieds dans l'eau.

- Quand le sang cesse de couler, les plaies se ferment-elles rapidement?

- Deux ou trois heures après il n'y en a plus de trace.

- Eh! bien, quand vos mains saigneront, je veux constater de mes yeux si elles sont transpercées, et si après deux ou trois heures il ne reste pas trace de plaie.

- (tout bas). J'espère bien qu'elles ne saigneront plus.

Vendredi 18 janvier 19OO

Encore un de ces derniers jours et aujourd'hui elle a manqué la messe! La mienne...car Notre Seigneur la fait assister à la sienne sur la croix. Pauvre victime! Heureuse victime! SON BOURREAU, C'EST SON AMOUR.

Cependant je lui ai exprimé mon étonnement et ma peine que ses extases de sang aient lieu précisément à l'heure de la messe. Je n'ai jamais pensé à lui demander si ces extases sanglantes avaient lieu également à d'autres heures, ce qui est probable. Elle m'a répondu joyeusement:

- Je crois qu'elles vont cesser: la quantité de sang diminue. J'ai demandé à mon petit frère: Il faut me laisser vos douleurs mais ne plus me faire saigner.

Dimanche 13 janvier

Confidences sur son séjour à Darlington.

l. Elle y fit profession, le 24 février 1856. Elle avait 24 ans.

2. Elle n'eut pas l'intention de faire le vœu de clôture, vu la mission qu'elle aurait à remplir à partir de 1858.

3. Longtemps, la Prieure oubliant son autorité ne faisait rien sans la consulter. Après la retraite prêchée par un religieux, la Prieure et la communauté se mirent contre elle. La sainte communion lui fut interdite, même pour faire ses Pâques.

- Ma chère Sœur, Notre Seigneur qui vous a communié à Dompierre ne vous communiait pas à Darlington?

- Oh! si.

4. Le prédicateur leur avait dit qu'il voyait des démons autour d'elle; qu'il fallait la traiter comme une possédée.

5. Quand elle demanda de sortir pour remplir la mission que la Sainte Vierge lui avait donnée, elle passa plus que jamais pour une possédée: on s'opposa à son départ. D'ailleurs, lui dit-on, vous serez excommuniée, partout où vous irez.

6. Dès qu'elle se fut assurée qu'elle ne pourrait, par aucune prière, recouvrer sa liberté, elle recourut à un grand moyen: elle jeta des lettres par dessus le mur de clôture pour faire savoir qu'on la retenait de force.

7. Elles furent ramassées! Pour éviter des complications avec l'autorité civile, on la conduisit jusqu'à Marseille.

8. Elle y arriva le 27 ou le 28 septembre 186O.

9. S'il n'avait été mis obstacle à sa mission, tous les miracles de Lourdes se seraient faits à la Salette.

2 février (samedi)

-Mon Père, il se fait beaucoup de mal en ce moment contre l'Église.

Comment le sait-elle? Je ne lui ai pas parlé du vote du premier article de la loi sur les Associations; elle ne lit pas de journal et ne voit personne. Or je me suis aperçu qu'elle en sait plus que moi.

- On a écrit des lettres de menace à beaucoup de cardinaux de Rome, pour qu'ils empêchent le Pape de se mêler des affaires de la France. Les Francs Maçons disent que les affaires de la France ne le regardent pas. Il y a des cardinaux qui les instruisent de tout ce que pensent les autres!

- D'où partaient ces lettres?

- De France et d'Allemagne.

- Ma bonne Sœur, le mal est grand, mais pas plus qu'à d'autres époques.

- Il n'a jamais été aussi grand depuis Notre Seigneur.

- Il y a eu des temps plus tristes pour l'Église.

- De plus violentes persécutions, oui, mais les Chrétiens se tenaient debout.

- Ces congrès? Ces pèlerinages? Ces oeuvres de toutes sortes?

- Les Catholiques s'amusent.

Ces crucifiements mystiques peut-être quotidiens, sont-ils l'expiation que Dieu lui demande? Quel mot: les catholiques s'amusent!

Diou, 7 février 19O1

Révélation privée(Mélanie)

L'Enfant, L'Amour, en allant en Égypte porté dans les bras de sa divine Mère, était enveloppé dans des linges de lin et dans un autre en laine blanche; je ne crois pas avoir écrit davantage. Ils sont restés sept ans en Égypte. Au retour, L'Amour, Jésus, Marchait un peu, puis Saint Joseph le portait dans ses bras; ils furent se fixer à Nazareth.

Saint Joseph est au ciel en corps et en âme, cela est pour moi verassimo. Il ressuscita à la mort du divin Sauveur, âme et corps glorifié.

La Vierge Mère du Fils de Dieu, l'Immaculée n'a jamais fait de maladie. Si trois fois elle est tombée en montant au Calvaire, et y étant, a imité ni les faiblesses des enfants d'Adam. Elle, Marie, n'a point eu de part au levain des descendants de nos premiers parents. Elle, Marie, est l'Unique privilégiée; l'excès de son amour a surpassé de beaucoup l'excès de ses douleurs; et Elle, Marie, Chef-d’œuvre de la Très Sainte-Trinité, ne perdait jamais connaissance.

Après la descente du Saint-Esprit, dans le Cénacle, la Très Sainte-Vierge eut une maison sur la pente du mont Sion, donné par Zachée, et Elle, Marie, le prodige des merveilles de Dieu, y demeura avec Saint-Jean.

Marie mourut sans maladie aucune: un très vif ardent amour donna le vol libre à sa belle âme. Les chrétiens lui avaient préparé un sépulcre neuf, mais souterrain, en marbre, dans un nouveau temps qui est près du jardin des Olives. On y descendait par deux gradins ou escaliers. C'est donc sans nul doute à Jérusalem, par un élan d'amour, que Marie, la privilégiée des privilégiées a quitté la terre.

Saint Jean et Saint Jacques le Majeur, étaient fils de Salomé, qui parente du grand Saint Joseph, époux de la plus pure des Vierges. Sainte Élizabeth, mère de St-Jean-Baptiste, ainsi que mère de Jude Thaddée étaient aussi parents du grand Saint-Joseph.

Peu de mois après la Pentecôte, se déclara la persécution contre les nouveaux chrétiens. Jean fut à Éphèse, puis il dut se rendre à Rome. Ce fut à Rome qu'après bien des châtiments il fut mis dans une chaudière d'huile bouillante, et les païens l'accusèrent de sortilège. Alors Domitien l'exila à Patmos. Il y a demeura un peu plus d'un an. À la mort du tyran, les édits furent annulés. Après le martyre de Timothée, il fut prié par les Églises de le remplacer à Éphèse. Saint Jean accepta et y fit beaucoup de bien. Il mourut à l'âge de 94 ans, et fut enseveli hors de la ville (elle a ajouté de vive voix qu'il est au ciel: en corps et en âme).

Les âmes du purgatoire

- Les âmes qui viennent demander des prières ne disent-elles pas que les bons chrétiens ordinaires font des 5O ans et plus de purgatoire?

- Ceux pour qui on ne prie pas, comme il arrive presque toujours. Après un peu de tristesse on les oublie, on croit qu'ils sont au Ciel! Mais les bons chrétiens ordinaires pour qui on prie ne restent pas si longtemps. Et puis, votre père a souffert avec résignation, et cela vaut mieux que beaucoup de pénitence.

- Le feu du purgatoire peut-il être pire que celui de certaines fournaises de la terre?

- Oh! mon Père, il n'y a pas de comparaison! En passant du feu du purgatoire dans celui d'une fournaise ce serait comme un bain tiède.

- Comment la peine du feu qu'il ( le père de l'abbé Combe) était condamné à souffrir jusqu'à peu de jours avant le 4 juillet, a-t-elle été abrégée?

-Pendant que M.Combe mourait j'avais promis au Bon Dieu de faire certaines prières et choses, tous les jours, pour abréger son purgatoire...

- Mais vous souffriez comme si vous aviez été dans une fournaise ardente?

- Plus encore: car j'étais brûlée dehors et dedans, pénétrée de feu. Je serais morte tout de suite sans un miracle. Je souffrais autant que j'étais capable de souffrir. Le Bon Dieu a soutenu ma vie.

1O juin 19O1

Mon très Révérend et très cher Père. Que Jésus soit aimé de tous les cœurs! Si j'étais restée la Muette, cela ne me serait pas arrivé! Si je m'en souviens bien, il me semble, mon très cher Père que ce matin vous avez paru voir en mes paroles des contradictions quand j'ai dit: les âmes du purgatoire ont toutes leur ange ou leurs anges avec elles; et qu'une autre fois (pour n'avoir pas su être muette) j'ai dit qu'il y a des âmes du purgatoire sans leur ange gardien. Je serais désolée d'induire qui que ce soit en erreur, quoique je sache que personne n'est obligé de prêter foi à mes paroles. Je redis donc qu'il y a des âmes en purgatoire sans qu'elles voient leur Ange gardien (tout comme s'il n'était pas avec elles). Je dois noter, pour la vérité que ces âmes délaissées sont très, très peu nombreuses, et que leur purgatoire est de plusieurs siècles. Elle m'a dit de vive voix qu'il est de ces pauvres âmes qui voient leur Ange quelque fois). Donc, en dehors de ces quelques âmes, qui ne sont pas à mentionner aux fidèles, les Anges gardiens sont toujours visibles aux âmes dont ils ont eu la garde pendant la vie mortelle. De plus, il y a des âmes qui, outre leur Ange ont encore l'Ange de leur Église (paroisse), ou de leur Diocèse, ou de leur communauté, ou de leur famille, cela dépend.

Généralement, les âmes du Purgatoire expient leurs péchés dans ce feu terrible, dont l'intensité est incompréhensible aux mortels. Plus l'âme est coupable, plus aussi les flammes, pressées, accumulées sont actives. De tous ces millions d'âmes, il n'y en pas deux qui se ressemblent par leurs souffrances. Toutes les souffrances sont diverses. Que les âmes soient dans les flammes, ou dans un puits, ou dans un lac de glace, leurs souffrance sont incompréhensibles aux humains. Le Saint Sacrifice, le jeûne, l'aumône, le Rosaire, etc. peuvent beaucoup pour ces âmes. En quelques-unes ( de celles qui sont dans le feu) le feu est diminué... En d'autres tout en recevant accidentellement du soulagement, le temps de leurs peines est raccourci. En d'autres, le feu s'éteint, et elles expient par d'autres peines les vénalités de l'adolescence ou de la vieillesse. Les fautes de l'âge mûr qui, malgré les prières faites par elles, ne reçoivent aucun soulagement; leur purgatoire est abrégé. Toutes ces âmes, par la voie de leur Ange savent parfaitement bien qui a prié pour elles. Elles se confondent alors en actions de grâces envers la divine miséricorde et les personnes par leur ange fidèle.

Je crois, mon très cher Père, avoir assez expliqué ce passage de l'Ange Gardien, qui va et revient auprès de quelques âmes du Purgatoire; et des Anges toujours auprès des autres âmes.

Toutes les âmes du Purgatoire sans exception, aiment Dieu parfaitement. Toutes sont parfaitement résignées, uni formées à l'adorable trois fois sainte et juste volonté du Seigneur des Seigneurs. Leur unique prière de louange est une continuelle action de grâce envers l'infinie miséricorde qui a créé un lieu de purification afin de les rendre dignes de s'asseoir au Banquet nuptial de son éternelle béatitude.

Attaques diaboliques

Depuis sept mois environ il se fait un bruit inexplicable au-dessus de sa chambre dans les mansardes qui sont fermées à clef, des objets tombent lourdement; et contre les vitres de ses fenêtres, on dirait qu'une personne frappe avec les doigts! Ce bruit se produit surtout quand elle écrit. ~ Si c'est le diable, m'a-t-elle dit, il perd son temps.~

4 juillet 19OO

Le père de l'abbé Combe sort du purgatoire

Il se manifesta à Mélanie. Il avait une robe blanche, une ceinture d'or, une chaîne d'or suspendue à son cou et un diadème. Je lui ai dit: ~

- Vos cheveux sont donc dorés?

- Parce que je me suis beaucoup contenu dans les contrariétés. Une fois surtout, dans une violente querelle avec Valentine au sujet d'Émile, je lui dis: ~ Tu n'en feras pas un homme! Nous étions sur le point d'en venir aux mots. Mais. Je me suis tut.

- Quoi, dit l'abbé Combe à Mélanie. Il vous a parlé de cette querelle? Je l'avais oublié depuis longtemps! J'avais 6 ou 7 ans! C'était en 185l ou en 1852. Mon frère aîné me grondant, je lui avais lancé un cadenas à la figure et je m'étais sauvé vers sa mère. Mon père arriva un instant après pour me battre. Ma mère me prit dans ses bras et lui défendit de me toucher. Il était très en colère contre elle, et cependant il partit contenant sa colère. Ma mère avait 23 ou 24 ans; leur ménage fut toujours très uni; mais je ne sais pas ce qui serait arrivé s'il l'avait frappée. Je ne comprend qu'aujourd'hui que ce fut un grand acte de vertu de sa part; mais je ne comprends pas qu'il en ait une récompense éternelle, car à cette époque il ne faisait pas ses Pâques: il n'était donc pas en état de grâce.

- Mon frère (Jésus) m'a dit que si l'ont fait des bonnes actions en état de péché, mais par un motif de foi, ces actions ne seront pas privées de mérite pour le ciel, quand on entrera en grâce avec lui; qu'elles ont moins de mérite qu'accomplies en état de grâce, mais qu'il leur donnera une récompense éternelle.

Visions

l. La plupart de ses visions ne sont pas physiques mais intellectuelles.

2. Depuis plus d'un an qu'elle est ici, elle n'a eu la vision physique de Notre Seigneur ou de la Sainte Vierge, qu'une quinzaine de fois.

3. Ses visions intellectuelles sont très fréquentes, presque quotidiennes.

4. Elles sont soudaines et de peu de durée: une, deux minutes, cinq au plus.

5. Quelquefois elle a vu mon âme de cette façon.

6.Sa vision dans l'Église de Dompierre était physique. Il en est de même de sa vision de l'Enfant Jésus le 25 décembre dernier, et des visions qu'elle eut de mon père.

7. Voici maintenant ce qu'elle m'a lâché par surprise: elle a toujours la vision de la lumière de la présence de Dieu, depuis qu'elle l'eût pour la première fois, étant toute petite.

C'est la Vue de Dieu: qui est lumière dans sa propre lumière.

Lundi 9 septembre:Pèlerinage à la Salette

À la Mure, Mélanie a été reconnue. Des gens ont immédiatement télégraphié à Corps et au Sanctuaire. Elle était attendue au sanctuaire par plusieurs personnes. Après le dîner, les Missionnaires ont fait entrer Mélanie dans leur sacrifie et ont fermé la porte au nez aux prêtres qui l'accompagnaient. Elle dit qu'on lui a demandé ce qui arrivera dans l'avenir pour les Pères de la Salette. Elle leur répondit: ~La Madone va vous balayer.~ ( ils ne voulaient pas vivre la Règle demandée par la Madone).

Nous avons visité avec elle les Ablandins. Vu deux enfants de ses anciens maîtres; l'un était mourant; il a bénit Dieu du bonheur qu'il avait de la revoir avant de mourir. Vu la pauvre chambre et le pauvre lit où elle couchait avec sa maîtresse. Vu combien les gens du village étaient émus de la visite de ~l'enfant de la Sainte Vierge~

Mélanie avait donné rendez-vous à l'abbé Rigaux d'Argoeuvres à Lyon. Donc en la faisant descendre du train nous avions réalisé sans le savoir ce qu'elle avait prévu! M. Rigaux ne m'a raconté qu'après sa mort ce fait et les autres qui s'y rattachent.

- Mon Père, vous reviendrez du Laus demain vendredi. J'attendrai à Lyon votre retour: j'ai à vous parler en particulier.

- Ma fille, j'arriverai en pleine nuit!

- Ne vous inquiétez pas: votre Ange est plus puissant que le mien. Il vous gardera dans votre voyage.

Du Laus à Gap, chargé de deux lourdes valises, il se perdit au carrefour d'un bois. Confiant dans la parole de Mélanie il fit son signe de Croix et prit le premier sentier venu. Une minute après il arrivait au-dessus de la ville.

Vers minuit pendant une heure il cherche vainement un hôtel. Vers minuit trouvèrent un hôtelier qui consentit à ne pas laisser un prêtre coucher dehors dans la rue. Quand M. Rigaux voulut remercier son charitable commissionnaire celui-ci avait déposé les sacs et disparu! De grand matin, il descend pour aller dire sa messe à Fourvière. Qui trouve-t-il au bas de l'escalier? Mélanie!

- Vous ici, ma fille?

- Mon Père, je vous attendais.

Elle logeait dans cet hôtel. Il l'emmène pour qu'elle communie à sa messe. À la communion, il la vit entourée d'une lumière surnaturelle (la chapelle où le prodige eut lieu est celle de l'Annonciation, côté de l'Évangile). L'humble fille lui demanda d'en garder le secret.

Pendant deux heures, dit M. Rigaux, elle me dicta sur la prochaine persécution des choses si affreuses que je ne puis les communiquer. Les gens en perdraient la foi: ils ne comprendraient pas que Dieu puisse permettre des atrocités si sacrilèges. Beaucoup de religieuses seront entièrement dévêtues et crucifiées aux portes et aux arbres. Les femmes seront les plus acharnées à se livrer à des impudicités sur ces mourantes et à les insulter dans leurs tortures. On les alimentera pour prolonger leur vie. Dieu permettra ces horreurs en punition des infidélités au vœu de chasteté. Les tortures réservées aux prêtres seront pires encore: je n'ose pas le dire.

Témoignage de M. le curé doyen de St-Pourçain

C'est à cet endroit que Mélanie habita pendant un an. ~ J'étais en face d'une humilité déconcertante, déroutante, tant elle réussissait à ne pas se laisser voir; alors je la laissais se cacher à son aise. (8 juin 19O9)

Don de prophétie (mardi 24 septembre 19O1)

DOCUMENT HISTORIQUE. NE VARIETUR. Pendant que la Très Sainte Vierge donnait son Secret à la petite Bergère de la Salette le 19 septembre 1846, cette enfant voyait tous les évènements qui lui étaient annoncés, et cette VUE était infiniment détaillée que les paroles du Secret. Ainsi, elle vit que, jusqu'au triomphe de l'Église, presque tous les chefs d'États seraient assassinés. Beaucoup d'assassinats qui ont lieu ou eu lieu par le poison sont ignorés du public; Napoléon III a été empoisonné par l'instrument dont on se servit pour l'opérer; Gambetta, d'un couteau empoisonné qu'on lui envoya maladroitement, à dessein, et lui piqua le bras; Félix Faure, d'un poison foudroyant; Victor Emmanuel II, d'un poison lent; la dernière dose, qui ne devait produire son effet qu'après plusieurs jours, fut trop forte, et l'on fut effrayé d'un effet si prompt.

La reine Victoria elle-même, qu'on croit morte de vieillesse, a succombé à un poison lent, qu'on lui faisait absorber depuis plusieurs années dans son thé, etc.

Dans la suite de sa prophétie, Mélanie nomma de nombreux chefs d'État comme Christian IX de Danemard. Ce dernier est mort à l'âge de 88 ans. À cette date les bagarres sanglantes des Inventaires retenaient l'attention. On a peu de détails; assez cependant pour que son empoisonnement paraisse probable. Voici tout ce qui a été communiqué à la presse: après son repas il se retira dans son cabinet de travail. Peu après il mourut brusquement.

Georges I de Grèce a été assassiné exactement comme il était prédit. Il fut tué le soir du 18 mars 1913 à Salonique, d'un coup de revolver tiré à quelques pas.

Adam et Ève

C'est Adam qui a reçu l'ordre formel de Dieu de ne pas prendre le fruit de l'arbre de la connaissance, ensuite Adam en a parlé à Ève.

- Les animaux auraient-ils été immortels?

- Non, ils auraient cessé de vivre en s'endormant. Ils ne se mangeaient pas entre eux, au moins vivants. Ils étaient plus intelligents qu'aujourd'hui. Ils connaissaient leur maître et ne nuiraient pas à ses biens. Ils auraient été les serviteurs de l'homme et n'auraient pas eu de maladies ni d'infirmités.

- Et les fruits?

- Ils étaient beaucoup plus nourrissants qu'aujourd'hui. Il en fallait peu pour nourrir l'homme et les animaux. Ils n'ont même dégénéré qu'après le déluge.

- Ma sœur, les couches terrestres prouvent qu'il y eut plusieurs déluges. Les savants...

Souriant à ce mot, Mélanie répliqua: ~ Les couches diverses ne sont pas l’œuvre de déluges partiels successifs, mais du déluge universel tel que la Bible le raconte. Les masses d'eau qui allaient et revenaient déchirèrent les montagnes et déposèrent ces couches avec fossiles, auxquelles on donne une antiquité fabuleuse.

31 décembre 19Ol

À la demande de l'abbé Combe, Mélanie mit par écrit cette vision: ~ Le Très Haut envoya l'ange Gabriel à Marie, la plus pure, la plus humble de toutes les créatures sorties des mains du divin Créateur, Marie, chef d’œuvre de la Très Sainte Trinité, se trouvait dans sa petite cuisine, quand l'Ange sous forme humaine, la salua sur ces paroles: ~ Je vous salue Marie, pleine de grâce: le Seigneur. L'humble et pure Vierge se trouva autant de cette sorte de salutation que de la présence du jeune homme. C'est vers l'après-midi avancé. L'angélique Vierge se retira dans son oratoire, petite pièce près de l'atelier de St-Joseph. Le lendemain, l'Ange salua de nouveau la Vierge sans pareille par le même salut. De nouveau Marie, oui Marie, celle qui ravit et surpasse tous les Anges et tous les saints de la Loi de grâce, se troubla et se retira. Vers deux heures et demie, l'humble Vierge étant retournée dans la cuisine, pour vaquer aux occupation du petit ménage, l'Archange Gabriel la salua de nouveau: ~ Je vous salue, pleine de grâce, vous êtes bénie entre toutes les femmes~. La vierge, quoique troublée, craintive, dit à l'Ange: ~ Pourquoi me saluez-vous ainsi~. L'Archange alors en brèves paroles lui fit connaître le plan fait par Dieu de la vouloir Mère du Messie promis. L'humble Vierge dit: ~ Comment cela s'opérera-t-il puisque je ne connais pas d'hommes et que mon désir est de rester vierge toujours. L'Ange reprit: ~ Pour cela, n'ayez pas de crainte; vous deviendrez mère et vous conserverez intacte et pure votre virginité, rien n'est impossible à Dieu. Votre cousine réputée stérile est enceinte depuis six mois de l'Annonciateur du Fils qui naîtra de vous; à qui vous donnerez le nom de Jésus, et qui sera le Fils du Très haut.

Pendant que l'Archange lui parlait, la Vierge profondément s'humiliait. En cet instant, elle comprit clairement les Écritures Saintes, et, tant en général qu'en particulier, tout ce que devait souffrir Jésus Christ pour la rédemption du genre humain. Malgré cela, avec une inimitable générosité elle dit, pour se conformer en tout au divin Rédempteur: ~ Voici la servante du Seigneur, que me soit fait selon votre parole~. En prononçant ces paroles avec une profonde humilité et persuasive foi, Elle fut ravie en une haute, sublime extase.

En même temps l'Esprit Saint forma, avec quelques gouttes du très pur sang de la plus sainte et plus parfaite des créatures un tout petit corps du genre masculin, très parfait en tout et d'une beauté ravissante, puis il lui créa une âme comblée de toutes les perfections. Cela fait, le Verbe éternel, sans laisser le sein de son Père, prit possession du petit corps, qu'il éleva à la Divinité, étant Dieu et homme tout ensemble. L'Immensité s'est restreint dans un tout petit corps, parfait mais limité, sans cesser d'être au Ciel et en tout et partout. Marie avait alors 15 ans.

Naissance de l'Homme Dieu

L'humble Vierge, miroir de sainteté et tabernacle de l'Arche du Nouveau Testament, pour obéir à l'édit de César Auguste, qui avait ordonné le dénombrement de tous ses sujets, partit avec St-Joseph, son chaste et pur Époux, pour enregistrer leur nom à Bethléem. À cause de la multitude de personnes qui étaient dans la cité pour signer leurs noms, les deux saints époux ne réussirent à inscrire leur nom que vers le soir tard. Ils pensèrent alors de passer la nuit dans Bethléem et se mirent à chercher un logement chez leurs parents. Tous, tous s'excusèrent de n'avoir plus de place. Ce fut alors que l'humble St Joseph acheta une lanterne, l'alluma, et les deux saints époux reprirent le chemin de Nazareth. Vers onze heures et demie du soir, ils arrivèrent à une grotte, loin de Bethléem, sur le flanc de la Vallée des Pasteurs. Cette grotte n'était pas bâtie, mais faite par la nature et ouverte aux deux extrémités: elle servait de passage aux personnes qui voulaient raccourcir leur chemin. Dès que la Grande Reine entra dans la grotte, la Vierge Mère, tout imprégnée du Divin Amour, dit à Saint Joseph: ~ C'est ici que le Fils de Dieu veut naître, et l'heure de ( je ne sais pas) est près~. En même temps elle se mit à genoux et descendit son voile sur la figure. Saint Joseph posa la lanterne à terre, sur le chemin qui traversait la grotte, et tous les deux firent de chaudes prières d'amoureuse contemplation.

Au toc de minuit, la Vierge toute pure eut une profonde extase d'amour, et dans cet instant, l'Enfant Dieu spiritualisa son humanité du sein de Marie à la lumière, plus parfaitement que le rayon de soleil traverse le cristal sans l'endommager d'aucune sorte. Aussitôt le divin Enfant fit entendre ses pleurs, et Marie, entendant les gémissement de son Bien Aimé hors de son tabernacle, sortie de son extase vit couché a terre le plus beau des enfants des hommes: il pleurait et tenait ses bras étendus vers le ciel. Marie, la Vierge Immaculée, l'adora profondément, et aussitôt Elle enveloppa le divin Enfant-Dieu dans les linges qu'Elle avait apportés; ensuite Elle appela Saint Joseph, pour lui faire voir le divin Enfant; aussitôt Saint Joseph tomba à genoux et, le front à terre, il l'adora en pleurant de reconnaissance et de tendresse; puis il baisa avec un profond respect les pieds du saint Enfant-Dieu-Avec-Nous.

La Vierge Mère cherche un coin dans la grotte, moins exposé au vent, et elle trouve dans une encave, en descendant trois escaliers une toute petite pièce, où il y avait une mangeoire, un bœuf et un âne couchés qui dormaient. Sans perdre un instant Saint Joseph prend la lanterne et accompagne la plus pure des Vierges, qui déposa son trésor dans la mangeoire, sur le foin des deux animaux. Ceux--ci se levèrent puis se mirent à genoux et, avec leur haleine, ils tâchaient de réchauffer le petit Roi qui venait de naître. il semblait que ces deux animaux avaient la connaissance que ce radieux Enfant était leur Créateur, tant ils mettaient de délicatesse et de soin pour le réchauffer. La Vierge Mère, assise sur une espèce de banc en maçonnerie qui était dans ce recoin, était en profonde contemplation du grand mystère d'amour qui venait de s'opérer au milieu de la nuit, quand Elle sentit le lait descendu en sa poitrine: et la Vierge parmi toutes les Vierges donna la nourriture au Verbe incarné.

Entre temps, l'Éternel voulant faire connaître et glorifier son Verbe Incarné, envoya un régiment d'Anges aux bergers qui veillaient leur troupeau (Dieu aime et bénit les pasteurs vigilants); ils étaient trois. Un Ange du ciel, revêtu d'une grande et éblouissante lumière, leur apparaît assez rapproché de la terre et du lieu où ils veillaient, et leur apprend la grande nouvelle. Dès que L'Ange eut parlé les invitant à aller adorer le Messie, la lumière qui l'entourait, entonna le chant glorieux et se vit alors la multitude des Anges lumineux. Les pasteurs se dirent: ~ Allons!~ et ils allèrent à la recherche du Messie après avoir allumé des torches. Ces trois promesses du Messie: Abraham, Isaac et Jacob. Les bergers en entrant dans la grotte trouvèrent le divin Enfant, comme l'avait dit l'Ange. Ils crurent, l'adorèrent et contemplèrent cette beauté nouvelle: il y avait près de trois heures qu'était né le divin poupon. Après cela, les bergers racontèrent à la douce Vierge l'apparition des Anges, la grande lumière et ce que l'Ange leur avait dit. L'humble Vierge, après les avoir entendus, leur donna quelques enseignements sur la foi dans le Messie et la fidélité aux devoirs de notre état; puis ils s'en retournèrent avec la charité pratique: car, dès qu'ils arrivèrent chez eux et auprès de leurs connaissances, ils annonceront à tous la naissance du divin Messie et la grande pauvreté de sa sainte Mère et de son père. Alors commença un aller et venir (des bergers seulement) chacun apportant quelque chose à qui mieux, mieux, et tous étaient enchantés, ravis, remplis de bénédiction et de célestes consolations.

Au huitième jour de l'âge de l'Enfant-Dieu, l'humble et sage Vierge, inspirée par son divin Enfant, dit à Saint Joseph que le Sauveur du monde devait recevoir la circoncision et le Nom de Jésus. Saint Joseph fit venir un prêtre pour cette cérémonie. Le Saint des Saints voulut en tout prendre le signe du pécheur; en prenant le nom de Jésus, qui veut dire Sauveur, il voulut répandre les prémices de son sang et comme Il devait être la fin, le consommateur de cette loi, voulant abolir la circoncision, Jésus voulut auparavant la recevoir afin de donner du mérite à la circoncision faite sur les Juifs. Le divin Enfant, plus sensible que les autres enfants, pleura, versa des larmes, il appliqua le mérite aux larmes de tous les hommes de bonne volonté.

La nouvelle de la naissance du Messie Sauveur du monde et le prêtre qu'on avait vu se rendre à la grotte éveillèrent la foi des pauvres et la curiosité des autres. Une pauvre et pieuse veuve, éloignée de la grotte d'environ 25 mètres, invita la Vierge Mère à venir chez elle. Marie accepta avec une profonde gratitude; là au moins son Diletto ne sera pas exposé à tous les vents. Elle ne perdait rien de sa pauvreté non seulement, il n'y avait pas ce qu'on appelle commodités, mais il n'y avait pas de chaises: trois ou quatre bancs en bois, c'était tout.

Treize jours après la Circoncision, arrivèrent les trois rois des pays lointains, guidés par l'étoile mystérieuse, qui se montra à chacun dans son pays, et qui était de beaucoup plus grande et plus lumineuse que les astres ordinaires. Sa lumière était couleur de feu et très près de la terre. Elle avait une queue dont la pointe était tournée du côté qui indiquait aux Mages le chemin à suivre. Ce fut par divine inspiration que les trois Mages se rencontrèrent dans leurs voyages. Ils se demandèrent mutuellement le motif de leur voyage et de leur recherche, qui était d'adorer le Roi des Juifs. Ils s'unirent pour continuer leur voyage, guidée par l'étoile qui disparut totalement à l'entrée de Jérusalem. Les trois Mages étaient gentils et célibataires; ils parlaient une langue différente; la couleur de l'un était noire, le second brun foncé, le troisième était couleur de terre, un peu couleur de brique claire. Ils étaient jeunes, aucun n'avait cinquante ans.

On pourrait se demander pourquoi Dieu ne leur a pas député, comme aux pasteurs un ange? Parce qu'ils étaient Gentils et qu'étant appelés à l'union des croyants, comme l'âne qui les figurait, uni au bœuf, qui figurait le peuple Hébreux, jusque là adverses entre eux, unis près de la crèche, Dieu voulait leur donner le mérite de la foi, par la recherche aux prix de grands sacrifices du Messie promis. Leur foi fut mise à l'épreuve par la disparition du messie promis. Leur foi fut mise à l'épreuve par la disparition de l'étoile. Ce moyen surnaturel leur manquant, ils usent de moyens naturels. À tous ceux qu'ils voyaient ils demandent où est né le Messie, Roi des Juifs, parce qu'ils ont vu son étoile et qu'ils veulent l'adorer. La population de Jérusalem s'émut et voilà tout. Les Mages, sans se déconcerter, se rendirent au palais royal, pour adorer le Messie, roi des Juifs. Hérode fut étonné et bouleversé: il appelle ses sages, ses Docteurs, qui lui disent que selon Michée, Bethlehem était désigné comme berceau de la naissance du Messie Roi des Juifs, etc. Hérode, gonflé de colère, se montra calme, et, avec bienveillance, congédia leur disant de revenir aussitôt qu'ils l'auraient trouvé, afin qu'il aille aussi l'adorer.

Dès que les saints Mages furent sortis du palais royal dans lequel ils avaient pensé trouver sûrement le Roi nouveau-né, l'étoile reparut et les guida jusque sur la maisonnette, habitée en partie par la Grande Reine, son époux Saint Joseph et l'Enfant des promesses, le Divin Messie. La queue de l'étoile s'étant retournée en ligne droite sur la maison et sur la chambre abritée par le nouveau roi Jésus, les Mages, remplis de foi; d'espérance et d'amour, se dirigèrent avec empressement vers la masure. La Royale Vierge s’y trouvait, son Royal petit enfant dans ses bras, assise sur un banc en maçonnerie, en dehors de la porte. Les Mages, voyant la noble et modeste beauté de cette angélique créature, furent saisis du plus profond respect et vénération, et humblement ils lui dirent qu'ils venaient pour adorer le Messie et lui rendre leurs hommages. La Vierge toute belle leur montra le divin Enfant. À genoux ils l'adorèrent profondément. La douce Vierge leur expliqua tout le mystère de l'homme Dieu; puis elle les invita à entrer, et là les heureux Mages, de nouveau à genoux, firent leurs dons et renouvelèrent leurs adorations puis ils narrèrent à la Vierge Mère de l'Apparition de l'étoile bienfaisante tout le long de leur voyage; sa disparition à la porte de Jérusalem; sa réapparition au sortir du palais d'Hérode, et ce que celui-ci avait dit.

Notre douce Reine les enseigna, les encouragea à persévérer dans la foi qu'ils avaient reçue, etc. Puis la Vierge toute compatissante, avec une admirable bienveillance toute empreinte de la plus sainte charité, congédia les Mages avec toute leur suite pour qu'ils aillent se restaurer. Docilement ils obéirent.

Le lendemain, ils revinrent, et comme ils avaient remarqué l'extrême pauvreté de l'humble Vierge, ils apportèrent des provisions et de l'argent. Notre douce Mère ne gardait que ce qui était absolument nécessaire, le reste Elle le donnait aux pauvres; et de l'argent qui lui restait. Elle acheta le bœuf et l'âne. Le bœuf, plus tard, fut offert en sacrifice; l'âne fut conservé et amené à Nazareth; il leur servit dans leur fuite en Égypte et à leur retour.

Les Mages pensaient avant leur départ de se rendre chez Hérode, pour lui donner la bénie nouvelle d'avoir trouvé le Messie, roi des Juifs; mais l'Ange du Seigneur leur donna en songe l'avis contraire. Maintenant ils ont vu et entendu parler un Ambassadeur céleste, un Ange rayonnant de gloire; c'est que, avant leur arrivée ils avaient la foi, une foi humaine aux prophéties et désiraient voir le Messie attendu par les Hébreux; mais à mesure qu'ils correspondaient aux impulsions de la grâce, luttant avec générosité contre les difficultés et les obstacles qu'ils rencontrèrent, croissant avec la foi la pleine confiance: et en voyant le Divin Enfant, en lui baisant respectueusement les pieds, ils l'ont reconnu Dieu et homme, et ont fait leur sincère profession de foi, foi qui leur fut infuse.

Selon les paroles de l'Ange, ils s'en retournèrent par une autre voie. Pendant leur retour et dans leur pays, ils annoncèrent la venue réalisée du Promis Messie et tous les mystères de notre sainte Religion. Leur foi opérative et leur sainte vie fut couronnée par le martyre.

La belle Reine séjourna 4O jours à Bethléem, en comptant le jour de la Purification, où Elle laissa la petite maison de la pieuse veuve...

28 janvier 19O2

Un prêtre en purgatoire

Mélanie vient de m'apporter les honoraires de cinq messes qu'elle était pressée de demander: ~ Cinq messes à la fois! lui dis-je, et que vous étiez pressée de demander! Pour quels défunts sont-elles donc?

- Pour un prêtre.

Ce prêtre s'était montré à elle hier soir avant son coucher. Il est mort la semaine dernière. Il lui demanda de faire certaines mortifications et de lui faire dire trois messes au plus tôt.

14 mai 19O2

Prophéties

Je l'ai interroger sur la VUE (secret) de 1846; je l'ai pressée vivement de me nommer ces grandes villes qui seront ébranlées et englouties par des tremblements de terre, dont il est question après l'engloutissement de Marseille. Elle me nomma Gallipoli, près de Lecce, sera engloutie comme Marseille mais plus complètement, car il n'en restera pas même de trace. La Pirée, port d'Athènes, sera détruit par un tremblement de terre. Une partie de Lyon sera ébranlée. Quant à Marseille, la terre s'affaissera et les parties basses seront recouvertes par les eaux. Les parties hautes seront englouties dans la mer par glissement de sol.

Mardi 16 septembre 19O2

Nouveau pèlerinage à la Salette accompagné de l'abbé Rigaux. Le jeudi 2 octobre, les Chapelais, qui ont remplacé les Missionnaires, ont laissé l'abbé Rigaux lire publiquement le Secret près de la fontaine, et que, sur leur demande, elle a fait le récit de l'Apparition en présence de nombreux pèlerins.

Un jour l'abbé Combe lui posa cette question:

- En quelle circonstance, quand vous aviez 23 ou 24 ans, avez-vous reconnu que ~ votre petit Frère~ n'était autre que Jésus lui-même? Étiez-vous à Darlington?

- J'avais 22 ans. J'étais encore à Corienc. Pendant que je priais avec Lui, je vis qu'il me regardait. Je lui dis: Au lieu de me regarder, faites donc votre prière! ~

Si je me montrais dans ma gloire, vous ne pourriez pas soutenir l'éclat de ma majesté, (et en même temps, il apparut de taille d'homme et glorieux).

Je fus comme anéantie. Quand je le revis comme avant, je lui dis toute confuse: ~ Je ne sais plus comment vous appeler~. Il répondit: ~ Sœur de mon Cœur, appelez-moi toujours votre Frère.~

Sermon aux animaux

- Combien de loups venaient aux sermons de la Louve.

- Il y avait cinq ou six loups, et toutes sortes d'animaux du pays.

- Vous dites que ces animaux vous obéissaient?

- Oui, je n'avais qu'à leur parler. Les loups sont de bonnes bêtes. Je mis en pénitence un renard qui ne cessait de faire des farces; ainsi, il tirait un loup par la queue pour le faire tomber.

- Parlez-moi de ces serpents que vous avez renvoyés?

- Il en vint trois ou quatre, longs d'un mètre et demi et gros comme ces pieds de table, et un plus grand nombre de moindres. Les autres animaux les regardaient de travers.

- C'est-il pour cela que vous les avez renvoyés?

- À cause de celui du paradis terrestre! Et puis, ils ne pouvaient pas porter la croix à la procession.

-Alors vous faisiez des processions. Comment ces animaux pouvaient-ils porter la croix?

- J'avais fait des croix et je les avais placées dans un trou au milieu de plusieurs bâtons. Les plus sages animaux de chaque espèce portaient le bâton à deux, en le tenant avec les dents, chacun par un bout; les autres suivaient en rang.

- Ils tenaient le bâton horizontalement et la croix droite?

- Oui, et ne marchaient pas plus vite l'un que l'autre.

- Mais les oiseaux ne pouvaient pas porter la croix?

- Ils la portaient de même et volaient lentement pour ne pas dépasser les rangs, qui allaient au pas.

- Où cette belle procession se rendait-elle?

- À un paradis que j'avais fait sur la montagne.

Février 19O3

Mélanie quitte Diou. Elle commence à être trop connu. Le curé de Diou lui trouva une personne qui allait s'occuper d'elle (Mlle Marie) parce que Mélanie devenait de plus en plus malade.

Ses forces ne reviennent pas. Mlle Marie est témoin journellement qu'elle sait bien des choses par voie surnaturelle. ~ Je revenais de la porte, dit-elle, où on avait frappé. Je dis à Mme Barnaud que c'était un pauvre qui demandait du pain. Elle me répondit de lui en donner. J'en coupai un bon morceau après une miche de trois livres. Ce n'est pas assez, dit-elle, donnez la moitié de la miche. Or, il en vint un autre, et elle me dit: ~ Ne lui donnez rien, il jure le nom de Dieu.

Mardi 24 février 19O3

Récit de Mlle Marie: ~ Elle a pu descendre au jardin et se promener en s'appuyant sur mon bras. Je lui ai demandé si elle permettait que je garde encore sa clef, parce qu'elle est bien faible, et que si la nuit elle avait besoin de secours, il est bon qu'on puisse entrer. Je lui disais: ~ Voyez-vous ça si vous mourriez et qu'on ne le sache pas même! Ne vous voyez plus, on enfoncerait votre prote et on vous trouverait morte! Eh! m'a-t-elle répondu, c'est comme cela que je mourrai: on me trouvera morte, mais pas ici. M. le curé croyait que je mourrais ici; je ne mourrai pas ici, je mourrai en Italie, dans un pays que je ne connais pas, où je ne connais personne, pays presque sauvage, mais où l'on ne jure pas et où l'on aime bien le bon Dieu. Je serai seule; un beau matin on verra mes volets fermés; on ouvrira de force la porte et on me trouvera morte.~

LA MORT DE LEON XIII

29 juillet 19O3 (mercredi).

- Tous les journaux parlent de Léon XIII qui aura bientôt 92 ans, et donnent de sa santé d'excellentes nouvelles. Comment l'idée a-t-elle pu me venir qu'il était mort cette nuit et d'aller interroger Mélanie à ce sujet? C'est étrange! Car, coïncidence étonnante, elle avait eu une vision qui le concerne, et sans cette idée préconçue je ne l'aurais pas su.

- Chère sœur, est-ce que le Pape est mort cette nuit?

Interloquée, elle me regarde fixement. Je n'en sais rien, pourquoi me faites-vous cette question?

- Est-il mort cette nuit?....

-Hier soir, je priais pour l'Église et spécialement ses Ministres. Je me disais: comment se fait-il que les fidèles soient comme ça? Ça doit venir des chefs! Aussitôt après mes prières, je ne sais si c'était vers minuit, j'entendis: ~ Voici que je vais appeler à moi mon Vicaire! ~ En même temps je vis le Pape qui se tordait sur son lit. Ses yeux tournaient à droite et à gauche, si entièrement qu'il n'en restait que le blanc. Je disais à Notre Seigneur: je ne veux pas voir cela (en le répétant elle était encore effrayée). Dans la chambre du Pape il n'y avait qu'un Monsignor; il alla vite chercher, il appela.

- Alors, c'est comme je disais, le Pape est mort cette nuit?

- Je ne l'ai pas vu mourir.

- Avez-vous vu si on lui a donné les derniers sacrements?

- Mais, mon Père, je n'en sais rien: je ne voulais pas voir.

- Vous pouvez donc vous empêcher de voir ce que le bon Dieu vous montre?

- Pas toujours...

- Mais il mourra de la crise que vous avez vu?

- Oui, c'est comme cela que le bon Dieu le prendra.

- Pourquoi se tordait-il ainsi et tournait-il les yeux d'une manière si effrayante? État-ce par souffrance physique ou par épouvante de l'état dans lequel il laissait l'Église?

- Mon Père, laissez cela!

-Je ne me trompe pas, chère sœur, ce ne sont point les souffrances physiques qui le tordait mais..

- ( tout bas): oui.

Léon XIII eut cette crise effroyable. On ne sut pas ce qu'il avait vu, mais on l'entendit, à la fin de la crise, dire humblement: ~ J'avais de bonnes intentions~.

Extrait Univers 19 juillet

À midi et demi, Léon XIII subitement sortit de son sommeil, bondit sur son lit avec la bave aux lèvres et des gémissements douloureux. Trois hommes s'efforcent en vain pour le maintenir. Des paroles incohérentes échappent à ses lèvres, muettes depuis tant de jours. Le docteur Lapponi arrive et fait une piqûre de morphine. Léon XIII retombe sur ses oreillers les mains crispées tenant un gros pli de drap. Tout le Vatican a cru à tort que la mort était entrée.~ Dépêches du lendemain: 4 heures. Un nouvel et violent accès de délire s'est produit. Le malade, à deux reprises, s'est dressé sur son séant.~ À 4 heures, exactement, le chef de l'Église Catholique rend le dernier soupir.

Mardi 27 décembre 19O4

Visite du bon curé d'Argoeuvres. Il m'a raconté un songe étonnant, qu'il eut, à deux reprises, la nuit qui précéda la mort de notre chère petite sainte. À lui comme à moi elle avait dit qu'elle mourrait en Italie: ~ Ma chère Enfant, lui avait-il répondu, vous me reviendrez de votre mort; car je ne voudrais pas que mes lettres paternelles tombassent entre les mains de la police italienne? Et puis vous aurez besoin de prières! Croyez-vous, chère Enfant, que je veuille vous laisser griller en purgatoire? Si vous me prévenez je vous promets cent messes.~ Elle avait donc promis, sous condition que la Madone le voulût. Or, le 14 après minuit, il vit en songe la Sainte Vierge, adolescente, de 14 ans environ, et d'une beauté ravissante, se penchant avec amour vers une femme qui lui tendait les bras. Des doigts de la Sainte Vierge s'échappaient dix rayons de gros diamants. En face d'elle, directement au dessus de la tête de la femme, était un magnifique diadème, fermé en haut comme une couronne royale. Une lumière surnaturelle partait de la tête de cette femme et montait dans le ciel à des millions de lieues. Mais il lui fut impossible de regarder quelle était cette femme, tant la beauté de la Sainte Vierge le charmait. Il voyait seulement qu'elle était vêtue d'un caraco, dont le liseré était en velours (comme celui de Mélanie, mais il ne pensait pas à Mélanie). Vers 4 ou 5 heures du matin, il eut le même songe, mais la couronne était descendue et touchait presque le front de l'élue; la Vierge et l'élue se tendaient les mains. Tout à coup les mains se joignirent et il s'éveilla. Il pleura, se demandant ce que cela signifiait. En recevant la nouvelle de la mort, quatre ou cinq jours après, alors seulement il comprit que la Madone avait permis à la bienheureuse Mélanie de tenir sa promesse.

Après la mort de Mélanie: le secret?

Après la mort de cette grande servante de Dieu, Mgr. Cecchini avec tous les amis de la Salette, espérait que sonnait enfin l'heure de la soumission au Message de la Reine du Ciel, et de la réparation des calomnies contre sa Missionnaire. Mais il est prédit que les ennemis du Message de la Salette ne seront éclairés que par l'excès des châtiments. D'autre part, Sœur Marie de la Croix ayant demandé à être humiliée encore après sa mort, son humble prière fut exaucée.

Le bel article de Mgr. Cecchini dans l'Osservatore Romano n'eut pas de retentissement. La presse catholique ne le reproduisit qu'en partie, et, pour le dénaturer, elle introduisit un FAUX au bon endroit.

Depuis 14 ans, l'imprimatur a été accordée sans difficulté à tout ouvrage qui contredit; impitoyablement refusé à tout livre qui veut défendre le Secret; il est permis de calomnier Mélanie, de la traiter de folle, d'hallucinée, d'avare et il est défendu de prouver qu'elle a été fidèle à sa mission. Pendant les grands pèlerinages de Lourdes, les Catholiques du monde entier pouvaient lire sur les murs et à la porte de la basilique l'affiche de l'évêque de Tarbes, et en porter la nouvelle dans leur pays: ~ Le Secret de Mélanie, Bergère de la Salette, à l'index par décret du 12 avril 19O7.

Le 16 décembre 1912, une lettre du Révérend Père Lepidi, Maître du Sacré Palais, déclarant officiellement au cardinal Luçon que le SECRET DE LA SALETTE N'AVAIT JAMAIS ÉTÉ CONDAMNÉ PAR L'INDEX NI PAR LE SAINT OFFICE.

Le pape Pie X a lu cette Vie de Mélanie. Il l'a trouvé édifiante et si belle, que, peu après, il accueilli Mgr. Cecchini par cette exclamation: ~ Eh la nostra santa~ et qu'il l'a même engagé à introduire la cause immédiatement. Mais, de répliquer un évêque, le Pape n'est pas son gouvernement.

BIBLIOGRAPHIE:
Dernières années de Sœur Marie de la Croix
Bergère de la Salette
Journal de l'Abbé Combe
Édition Téqui