RÉCIT

CONVERSION À LA SALETTE

Bien que la Vierge accorde des merveilles de conversion dans toutes les parties du monde, c'est surtout au Pèlerinage même qu'elle se montre ~ Réconciliatrice des pécheurs~

Le plus ordinairement, les âmes sont touchées auprès de la fontaine miraculeuse, en face de la statue qui représente la Vierge assise, les coudes sur les genoux et la tête dans les mains. Le travail de conversion s'achève en général à la basilique, dans les confessionnaux.

La puissance de conversion de Notre-Dame s'exerça d'abord sur les habitants des environs de la Salette. Avant l'apparition, Corps et les villages environnants ne jouissaient pas d'une bonne réputation religieuse. À Corps, en particulier, les gens se faisaient remarquer ~par leur esprit d'insubordination, les blasphèmes, la profanation du dimanche et l'oubli de l'abstinence. En revanche, ils étaient connus pour leur amour du plaisir, de la danse et des cabarets. Les offices de la paroisse étaient abandonnés, les fêtes et les dimanches profanés par des travaux publics, Dieu méconnu par le grand nombre. Le 12 octobre 1846, à peine trois semaines après les événements, M. l'archiprêtre de Corps écrivait dans un rapport à l'évêque de Grenoble: ~ L'apparition a produit dans les environs des effets merveilleux sur les hommes. Ils assistent beaucoup aux offices et cessent de travailler le dimanche.~ Pour la Noël 1846, les confessionnaux furent littéralement encombrés à Corps.

Le premier touché par la force de conversion sortie du fait de la Salette fut Baptiste Pra, le patron de Mélanie. Le soir de l'apparition, il avait déjà pris ses dispositions afin d'aller, le lendemain dimanche, ramasser des feuilles pendant la messe. Au premier récit des bergers, il sembla prendre la chose à la légère et s'en moqua. Mais tout en ayant l'air de ne pas y ajouter foi, il réfléchit et, frappé par les menaces de ~la Belle Dame~, il n'eut pas le courage d'aller travailler ce dimanche-là. Ce fut pour lui le point de départ d’une vie meilleure et plus chrétienne.

Le père de Maximin suivit cet exemple. Il passait pour un des fameux buveurs de Corps. Il obligeait même son fils à l'accompagner au bar à six ou sept ans. Il vivait dans une indifférence religieuse et ne faisait pas ses Pâques. Il fut bien étonné d'apprendre que la Dame en feu vue par son fils l'avait remarqué, lui aussi, en prenant part à l'anxiété du maître du champ de blé devant la récolte gâtée. Il avait donné un morceau de pain à son enfant en lui disant: ~ Tiens, mon petit, mange encore du pain cette année; je ne sais pas qui en mangera l'année prochaine, si le blé continue à se gâter de la sorte.~

Conversion d'un officier d'État-Major

Le l9 septembre 1854, un jeune officier d'État-Major ayant abandonné depuis longtemps toute pratique religieuse arrivait à la Salette. De passage à Corps, il avait entendu parler de l'apparition et voyant la foule des pèlerins, il s'était joint à eux, uniquement en curieux. Arrivé sur la Montagne, il regarde attentivement la foule sans comprendre ce qui peut attirer tant de monde en ce lieu désert. Après une heure, il s'ennuie déjà et se dispose à descendre à Corps, en regrettant de s'être imposé les fatigues de l'ascension; mais avant de partir, il veut présenter ses respects au supérieur des Missionnaires. Après une dizaine de minutes de conversation sur des choses insignifiantes, mon interlocuteur raconte que le Père Burnoud se leva pour prendre congé.

- Avez-vous visité tout ce qui peut intéresser les pèlerins sur cette montagne? Avez-vous remarqué la fontaine miraculeuse?

- Non, je ne savais pas. Où donc est cette fontaine?

-Croyez-moi, Monsieur, ne quittez pas notre Montagne sans avoir visité cette petite fontaine. Faites plus, je vous en prie, buvez, pour me faire plaisir, un verre de cette eau; elle n'a jamais fait de mal à personne, je vous l'assure.

Et le jeune homme se rendit à la fontaine pour y boire. Le soir, il revint vers le prêtre et demanda à se confesser. ~ Mon Père, vous voyez devant vous un grand pécheur... Oh! qu'il est lourd le fardeau qui m'accable! Il faut que je m'en décharge...car, ô mon Père, ce verre d'eau que, pour acquitter ma promesse, je suis allé boire à la fontaine, ce verre d'eau a bouleversé mon être; je ne puis plus vivre sans avoir fait ma paix avec Dieu.~ Le lendemain, ce jeune officier recevait la sainte Communion, puis il partit quelques ,heures plus tard. Dès lors, il fit l'édification de sa ville et y travailla, en véritable missionnaire, parmi ses compagnons d'armes.

Conversion d'un malade

M.T. avait passé une existence irréprochable d'homme de devoir selon le monde, mais il lui manquait la pratique de la vie chrétienne. Il n'accomplissait pas ses devoirs religieux et ne voulait pas entendre parler de confession, quand il tomba dangereusement malade. Son épouse, voyant qu'il baissait de jour en jour, demanda des prières dans les principaux sanctuaires connus alors, mais aucun changement ne s'opéra dans l'état spirituel de M.T..

C'est alors qu'une amie de la famille suggéra à la femme l'idée de faire prier Notre-Dame de la Salette connue sous le nom de RÉCONCILIATRICE DES PÉCHEURS. Elle écrit au sanctuaire pour demander une neuvaine et envoie le paiement d'une messe. Au moment où la messe se termine, le malade demanda à se confesser et à recevoir les derniers sacrements.

Convertis par l'eau de la Salette

Les Annales de Notre-Dame de la Salette, en mai 1868 publient la lettre d'un converti de la Salette. En voici le résumé: Dès notre arrivée, je fis le tour de l'édifice, en curieux, pour y trouver un sujet à critiques. J'entrai à l'église sans faire la génuflexion et sans prendre de l'eau bénite; puis, je me dirigeai vers la fontaine avec dédain. J'en bus un verre pour m'assurer qu'elle n'était pas minérale et je connus sans peine qu'elle est naturelle. Cette eau ne produisit aucun effet en moi.

Le lendemain, de très bonne heure, je suivis la foule des pèlerins qui se dirigeaient vers la fontaine et, comme eux, je voulus boire un verre d'eau. Elle ne fut pas plutôt bue que je me sentis oppressé: j'en fus surpris. Au bout d'un moment, j'en bus un deuxième verre; puis j'allai à l'église. Je me mis à genoux, contre mon habitude. Au même moment, il s'opéra en moi une révolution de bien-être que je ne saurais décrire et, pour la première fois, je pleurai mes péchés. Une demi-heure plus tard, j'étais au tribunal de la pénitence, aux pieds du supérieur des missionnaires. Depuis ce moment, je me sentis débarrassé d'un poids énorme qui m'écrasait. J'avais passé trente et quelques années sans m'approcher des sacrements.

Conversion d'un père de famille.

Le bienheureux Julien Eymard, fondateur des sœurs du St-Sacrement, fut témoin de cette conversion. Voici sa propre description: " Un père de famille de L..., chef de commerce, résistait depuis longtemps aux tendres et puissantes sollicitations de sa pieuse sœur qui le conjurait souvent de revenir à Dieu et à la pratique de ses devoirs de chrétien. Le bon exemple qu'il devait à ses enfants, la piété héréditaire dans sa famille, ses premières années passées dans la pratique de la vertu et de la religion, rien ne le touchait; il tournait, au contraire, tout en ridicule et devenait insolent quand on le pressait un peu.

À bout de tout moyen, sa sœur lui dit un jour: Eh bien!frère, puisque rien ne te touche, je m'en vais à la Salette demander à la Sainte Vierge ta conversion! Tu peux bien aller à Rome et à Jérusalem, si tu veux, lui répond ce frère obstiné. Tu me trouveras comme tu me laisses!" Cette pieuse personne part, mais un peu désolée, car son frère n'avait pas même voulu lui promettre de dire un Ave Maria avec elle. Son pèlerinage se fait avec piété. En revenant, elle va voir son frère et lui dit: Eh bien, ai-je été exaucée? J'ai bien offert pour ta conversion, toutes les fatigues de ce pèlerinage! Elle n'obtint point de réponse. Son frère gardait le silence; il était agité...Il répondit: " Je suis un honnête homme et je n'ai rien à me reprocher". Elle répondit: " Il n'est pas possible que Notre-Dame de la Salette ne m'ait pas exaucée! Tu aurais donc le cœur plus dur qu'une roche!

C'était le soir. Retirée dans sa chambre, pour y prendre son repos, elle ne put presque pas dormir tant son âme était triste. Elle priait; elle conjurait la Mère de miséricorde de convertir ce pauvre pécheur, quand, de bon matin, quelqu'un frappa à sa porte. C'était son frère; il lui dit: " Ah! ma sœur, je n'y tiens plus! conduis-moi, je t'en prie, chez ton confesseur: je veux me confesser."

Employé de la gare

En 1884, un prêtre descend de la gare, laisse ses bagages entre deux trains à la consigne et confie une bouteille précieuse à un employé ayant une haine terrible envers le clergé. Cette bouteille contenait de l'eau de la Salette. L'employé décide de la boire devant de nombreux curieux. Soudain, il baisse les yeux, une larme coule le long de ses joues. Il est tout pâle. Il sanglote et se met à crier: " J'ai bu l'eau de la vie, de la lumière et de la vérité.

Léon Bloy

J'ai voulu voir cette Montagne glorieuse que les pieds de la Reine des prophètes ont touché et où le Saint Esprit a proféré par sa bouche le cantique le plus formidable que les hommes ont entendu depuis le Magnificat. Je suis monté vers ce gouffre de lumière, un jour d'orage, dans la pluie furieuse, dans l'effort des vents enragés, l'oreille rompue des cris du torrent."

Avec lui se convertit: Jacques Maritain, Van der Meer, Bernanos, Paul Claudel et autres. François Mauriac, Daniel Rops et de nombreuses autres personnes ont écrit sur la Salette.